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  • Ce n’est pas la mer qui tue, c’est la fermeture des frontières

    Ce n’est pas la mer qui tue, c’est la fermeture des frontières

    25 Avr 2015

    Le 21 avril dernier, 800 migrant-e-s mouraient noyé-e-s dans le naufrage du chalutier qui les transportait clandestinement vers l’Europe. Chaque jour, ce sont des centaines de personnes qui tentent la traversée sur des bateaux épaves. Selon l’Organisation Internationale des Migrations, 1750 personnes ont péri en mer depuis le début de l’année. Le groupe de Montpellier de la Coordination des Groupes Anarchistes affirme sa solidarité avec les migrant-e-s d’où qu’ils-elles viennent et dénonce les politiques répressives de l’Union européenne, responsables de cette situation.

    Ce qui tue, c’est la criminalisation de l’immigration et la fermeture des frontières. Dans le jargon des gouvernants, on appelle ça une politique migratoire.

    Condamné-e-s à l’exploitation et à la clandestinité

    Fermer les frontières, c’est contraindre les migrant-e-s à risquer leur vie sur des routes toujours plus périlleuses à travers le désert puis la mer. C’est les livrer à la merci des trafiquants et des dictatures qu’ils-elles traversent. C’est condamner celles et ceux qui ont réussi à passer à survivre dans la clandestinité, dans la peur des arrestations et de l’expulsion, au mépris de la vie qu’ils-elles ont pu, malgré tout, réussir à construire en Europe. C’est les livrer aux marchands de sommeil quand ce n’est pas, comme à Calais, les reléguer dans des bidonvilles mis en place par l’État. C’est assurer aux exploiteurs de tous poils la présence permanente d’une masse de travailleurs-euses sans droits, et fournir aux politicards une population à stigmatiser, une peur de l’étranger à agiter pour détourner la colère des populations de ceux qui les exploitent vers plus faibles qu’eux.

    Fuir une misère orchestrée par l’Europe

    Fermer les frontières, c’est enfin nier que ce qui force les gens à fuir, c’est la misère, dont est responsable au premier chef le néo colonialisme occidental qui étrangle les pays du sud, par la guerre s’il le faut. Comme après chaque drame du même type, politiciens et grands médias invoquent, pour tarir les flux migratoires, plus de co-développement. De quoi parlent-ils ? Du pillage des ressources au profit d’Areva ou de Total ? Du transfert des infrastructures publiques vers des grands groupes français, comme les ports africains tombés dans l’escarcelle de Bolloré ? Du soutien direct à des dictateurs dévalisant leur propre pays, chargés en échange de maintenir par la force les intérêts français en Afrique ? Du déversement des surplus agricoles sur l’Afrique condamnant les petits paysans à l’exode ? Le premier flux financier des pays du nord vers ceux du sud, c’est l’argent que les migrants eux-mêmes renvoient au pays, alors qu’ils sont condamnés en Europe aux travaux subalternes les plus mal payés.

    Le sommet de la répression

    Réunis en sommet extraordinaire jeudi 23 avril, les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Union européenne ont décidé de répondre à la « tragédie » des naufrages en accentuant les moyens répressifs dont l’Europe forteresse s’était déjà dotée. L’agence Frontex, chargée d’empêcher les bateaux de tenter de rejoindre les côtes européennes, voit son budget tripler pour amplifier ses missions de surveillance, baptisées Triton en Italie et Poséidon en Grèce. Elle est aussi chargée de « mettre en place un nouveau programme de retour en vue d’assurer le retour rapide des migrants clandestins », c’est-à-dire d’accélérer encore les expulsions. Et puisque les migrant-e-s sont considéré-e-s comme des délinquants, la police prendra aussi systématiquement les empreintes digitales des demandeurs d’asile.

    Ensuite, puisque les classes dirigeantes n’ont aucun intérêt au changement, l’Union européenne a trouvé d’autres responsables à punir, les passeurs,comme si les trafiquants qui se sucrent sur la misère étaient la cause, et pas une conséquence. Désormais, les États de l’UE « entreprendront des efforts systématiques en vue d’identifier, capturer et détruire des bateaux avant qu’ils ne soient utilisés par les trafiquants », ce qui suppose des opérations militaires hors des frontières de l’UE. Et qu’importe si ces saisies entraîneront l’utilisation de bateaux toujours en plus mauvais état, multipliant encore les risques de naufrage..

    Des dictatures chiens de garde de l’union européenne

    Pour l’Union européenne, il ne s’agit pas de sauver des vies, seulement que les migrant-e-s aillent mourir loin des caméras : là où beaucoup meurent déjà, lors de la traversée du désert pour rejoindre depuis l’Afrique subsaharienne les côtes de Libye, ou dans les camps des dictatures du Maghreb. Ces dictatures sont par ailleurs grassement payées par l’Europe pour qu’elles contrôlent les frontières à sa place, empêchent les départs, prennent en charge les expulsé-e-s (accords dits de « réadmission »), rapatrient les gens en théorie dans leur pays d’origine même si dans les faits ils-elles sont souvent abandonné-e-s en plein désert. C’est ce que faisait la Libye de Khadafi, chien de garde payée par l’Italie, avant que la guerre menée par les États occidentaux, France en tête, ne condamne le pays au chaos. Aujourd’hui, Égypte, Soudan, Mali, Niger et Tunisie vont recevoir de nouveaux fonds, en tant que sous-traitants de la politique migratoire européenne.

    Quand les frontières seront abolies, plus aucun-e migrant-e ne mourra en mer. Ils et elles prendront un ferry.
    Exigeons la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous.
    Car aucun être humain n’est illégal.

    Groupe Un Autre Futur de la Coordination des Groupes Anarchistes

    Par Groupe Un Autre Futur Immigration Sans-papiers
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