Sans-papiers

  • Le vernis démocratique

    01 Sep 2009

    L’État est par essence répressif et totalitaire ; Il cherche d’une part à assurer un contrôle et d’autre part à détruire ce qu’il ne peut contrôler. Cependant dans les démocraties occidentales, sans pour autant laisser cette pratique de côté, l’État a mis en place des moyens différents de la répression brutale pour maintenir le statu quo.

    Une double dynamique a permis de dessiner les contours du masque démocratique ou de légitimer des pratiques répressives et totalitaires. Il y a d’abord eu la volonté de certains cercles du pouvoir économique et politique de faire adhérer les gens au modèle de société capitaliste. Là où les dictatures fascistes et communistes ont inventé le camp de concentration et le goulag, le système démocratique bourgeois utilise un procédé qui lui est propre : le contrôle social. Il s’agit donc d’intégrer de force l’individu au système, ou mieux de l’y faire adhérer de lui-même. Ce modèle tout en restant inégalitaire a donc cherché un compromis avec les classes exploitées à travers leur intégration au modèle capitaliste ; la première dynamique a consisté à octroyer quelques garanties économiques et sociales ainsi que la protection des individus face à l’état (l’État Providence, libertés individuelles et publiques : droits de réunion, de manifestation, de grève…). La seconde découle de la modification du rapport de force suite à la période allant de la crise du capital de 1929 à la fin de la seconde guerre mondiale, où il a fallu lâcher du lest ; notamment parce que la population s’était forgée une conscience collective avec des exigences politiques, mais également parce que l’on entrait en guerre froide, on devait alors représentait une alternative au totalitarisme stalinien.

    Même en démocratie représentative, la répression étatique n’a jamais cessé totalement : des grèves ouvrières à la décolonisation, de mai 68 à Malik Oussekine (1986)… Pendant les trente années qui ont suivi, la politique économique et sociale, centrée sur le concept de « participation » des salariés au capital des entreprises, n’a pas trouvé grand écho auprès de la population. Malgré la croissance des Trente Glorieuses, un malaise social s’est installé. Le pouvoir est apparu lointain et le décalage entre celui-ci et la société s’est affirmé au grand jour notamment avec la crise sociale de 68. Toute la répression policière, et la violence sociale symbolique étaient légitimées par la peur même du totalitarisme, au sens de perte de la démocratie. C’est là le décalage entre le discours officiel auquel il était important que les gens adhèrent et la pratique concrète de l’état. Encore une fois grâce à son masque, se disant agir pour sauvegarder la démocratie française, l’État légitimait l’utilisation de toute forme de répression quelle qu’elle soit et par là même sa propre utilité.

    Mais la tendance répressive se réaffirme pleinement après la chute du mur de Berlin ; dès lors les États de l’ouest n’ont plus aucun intérêt à se maintenir comme contre modèle, ils n’ont donc plus de raison de s’encombrer avec des contraintes « démocratiques ». Derrière eux aucune alternative n’est viable, ils ont désormais le monopole du modèle économique et politique. Dans les années 90 de nouveaux mouvements sociaux tels que les luttes écologiques, la lutte de sans papiers, contre la précarité etc. viennent s’ajouter à ceux déjà existants ; leur émergence va conduire l’État à instaurer de nouveaux processus de répression, il s’agit alors de criminaliser les mouvements sociaux. Dés lors c’est l’État et uniquement lui qui trace une ligne stricte concernant les modes d’expression et d’action, entre ce qui est autorisé et ce qui est criminel, entre ce qui ne le met pas en porte à faux et ce qui remet en cause sa bienfaisance.

    Dans ce cadre la répression s’exerce globalement mais pas de la même manière. Le rôle de l’État concerne principalement le noyau dur de la violence du système, avec l’armée, la police et le fonctionnement judiciaire, qui restent toujours la réponse ultime de la légalité souveraine face aux revendications sociales, aux luttes et aux révoltes. Il concerne également le visage politique du régime lui-même ; la démocratie participative, les élections, les partis et le parlementarisme, le syndicalisme du « partenariat social », le citoyennisme, constituent des structures d’organisation de l’État, hiérarchiques et de médiation, qui sont répressifs et concurrencent chaque forme d’auto-organisation et d’émancipation.

    Depuis les années 90, un consensus entre la droite et la gauche émerge pour engager des politiques sous l’angle de la sécurité. En adoptant le principe de tolérance zéro venu des États-Unis, en introduisant la politique du chiffre et avec l’appui fort des médias, l’État français a mené une politique de répression toujours plus accrue sous l’étendard de la « lutte contre l’insécurité ». Le sécuritaire légitimé par l’insécurité, légitimant tout le reste : quasi impunité des policiers, répression des libertés individuelles, surveillance à outrance, ghettoïsation, criminalisation de la misère, multiplication du fichage, et bientôt tatouage des populations…? Cette politique sécuritaire a une fonction idéologique de remplacement du vernis démocratique par un modèle où l’adhésion ne se fait plus sur l’illusion du caractère démocratique, mais sur l’illusion de la protection contre abdication de ses libertés comme de son pouvoir à l’état. Dans ce sens l’idée de la liberté est remplacée par celle de la sécurité ou selon L. Jospin « la sécurité est la première des libertés ».

    Toutes ces tendances à l’œuvre depuis 25 ans nous ont menés à une situation où l’on voit la répression redevenir l’action systématique de l’État. Le masque démocratique semble tomber de plus en plus, avec des attaques idéologiques fortes comme par exemple autour du discours contre le « droit-de-l’hommisme » cher au Président de la République, qui ont pour fonction de faire sauter certains verrous issus de 1945, vécus aujourd’hui comme des contraintes tant par la capital que par l’État.

    Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence, la criminalisation des mouvements sociaux s’est accrue. D’autre part nous sommes (officiellement) entrés en récession économique, ce qui apparaît comme un nouvel élément de déstabilisation du pouvoir. Toute les tendances observées avant s’accélèrent et se systématisent de telle sorte à ne laisser que très peu d’espace à la contestation et aux contestataires. Les mouvements lycéens et étudiants ont été réprimés de façon systématique afin d’en limiter la portée et le développement. Les interventions policières sont automatiquement lancées au moindre balbutiement, les forces de l’ordre suréquipées et en surnombre interviennent rapidement et violemment, sans sommation parfois même contre seulement moins d’une trentaine d’étudiants ou de lycéens. Les militant-es de syndicats, d’associations, d’organisations politiques et plus largement d’acteurs et d’actrices du mouvement social se retrouvent devant les tribunaux, en garde à vue, sous de faux prétextes. Et tout cela dans l’unique but de faire peur, de démobiliser les populations, d’épuiser les individus, pour les freiner ou leur faire lâcher prise. Le contrôle de l’État prend dans la pratique des proportions délirantes, il multiplie les zones de fichages, le matériel de surveillance, et maintenant remet en cause le droit de grève, le droit de manifester. Comme au contre sommet de l’OTAN ou lors de la semaine No border où les manifestants ont été parqués, provoqués, blessés, arrêtés et condamnés à de fortes peines sans preuves. Ou comme ailleurs où l’on poursuit des contestataires de façon systématique et arbitraire (Comme Yann, Pierre & tant d’autres), comme dans les villes qui dégagent la jeunesse ou les populations plus précaires et marginales qui occupent les places publiques au moyen de charges de CRS avec utilisation systématique de gaz, allant même jusqu’aux arrestations si les statistiques le permettent.

    Face à ce vernis démocratique, notre force en tant qu’exploité-e-s et opprimé-e-s prend des racines aux moments de luttes et de résistance qui survivent et qui se développent dans la société. C’est en ce moment que sont testés les idées et les arguments libertaires et anarchistes, c’est là que nous devenons dangereux pour le Pouvoir.

    Par Groupe Un Autre Futur Sans-papiers
  • Si les religions n’existaient pas, le pouvoir les inventerait

    01 Sep 2008

    Du 12 au 14 septembre dernier, Joseph Ratzinger, qui se fait appeler Sa Sainteté le pape Benoît XVI, est venu honorer la France de sa présence (1). Occasion pour les anarchistes de renouveler leur anticléricalisme et leur athéisme, plus que jamais d’actualité. Au delà du seul catholicisme et de son chef, ce sont non seulement toutes les religions, mais aussi toutes les croyances que nous fustigeons.

    Des religions en progression dans le monde

    Durant le règne de Jean-Paul II, le nombre de personnes se déclarant catholiques a chuté de 25%, tandis que seulement 4,5% de français-e-s sont considéré-es pratiquant-es, c’est à dire allant une fois par semaine à la messe (2). Raison de plus pour raviver la flamme sacrée là où les impies ne sont que trop nombreux ! Si le christianisme traditionnel n’est plus en odeur de sainteté en France, il augmente considérablement en Amérique latine et les déçus du protestantisme à l’américaine se tournent désormais vers d’autres sectes, tout aussi dangereuses, tels les mormons, les adventistes, etc. L’Afrique, que les missionnaires européens se sont échinés à faire sortir de l’obscurantisme (sic) qu’est l’animisme, ne reconnaît plus les siens puisque ses habitants se tournent désormais massivement vers un islam importé du Moyen-Orient. L’Asie, reste partagée entre un hindouisme régisseur d’une société ultra-inégalitaire, un islam ici aussi en progression et un bouddhisme superstitieux. Ce même bouddhisme est en vogue sur l’ensemble du vieux continent, tant pour son aspect extérieur « non-religieux » que pour son mysticisme pourvoyeur de bonheur pour cadres stressés.

    Les religions, outils de domination et prête-noms de la barbarie

    Les trois religions abrahamiques (3) se basent sur une application des préceptes divins, curieusement ajoutés par divers humains dirigeants au cours des siècles. Il n’empêche que lorsque certains écrits sont incompatibles avec leurs fins, les garants du dogme s’arrangent avec les textes pour fournir « la » lecture juste. Les commandements originels (4) affirmant que l’on ne doit pas tuer ou se prosterner devant une représentation de Dieu sont relativement peu appliqués. Ainsi, l’Inquisition s’est fort bien accommodée des 10 commandements en considérant les hérétiques comme des créatures sataniques non-humaines. Les religieux éclairés balaient, souvent à juste titre dans le monde moderne, les accusations portant sur le bellicisme des religions, qu’ils attribuent aux politiciens instrumentalisant leur culte. En effet, de tous temps, les chefs politiques se servent de la religion soit pour parvenir au pouvoir soit pour s’y maintenir. Ainsi, les guerres dites de religion, dont la majorité concerne aujourd’hui les branches de l’islam issues du premier schisme musulman (sunnisme et chiisme), ne sont que l’utilisation de divergences anciennes (5) pour asseoir une domination sur une population.

    Les religions, systèmes hiérarchisés

    « Mais pourquoi êtes-vous encore contre les religions, la république est laïque désormais?! » Tout d’abord, la laïcité, tout au moins l’un des points de la loi de 1905 affirmant que l’Etat ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte, n’est assurément pas respectée. Cette loi prévoit l’exception d’un financement pour permettre le libre exercice du culte dans les écoles, collèges, lycées. Or, seuls les catholiques bénéficient réellement de cette disposition, ce qui revient à la reconnaissance d’un culte premier, contradictoire avec l’article 2 de ladite loi. Ensuite, les présidents de la Vème république, tous catholiques, ont affiché clairement leur pratique religieuse et l’ont relié à leur fonction de chef d’état. D’une part en acceptant le titre de chanoine d’honneur (6) de la basilique Saint-Paul de Latran à Rome, d’autre part en se rendant publiquement à l’église. La réception courante des papes, Benoît XVI étant le dernier en date, entretient le flou, même s’il est chef d’état, chef des armées vaticanes, etc.

    Dans un second temps, l’opposition des anarchistes aux religions réside dans son refus catégorique de la hiérarchie et de l’autorité, piliers des religions. Si chaque religion a un fonctionnement différent n’incluant pas forcément un chef suprême, l’allégeance à une entité supérieure est systématique. Elle se base clairement sur l’obéissance à Dieu (ou aux dieux), dont on craint soit la sanction terrestre, soit la sanction dans la vie dite « de l’au-delà ». Les trois religions du livre sont ainsi fondées sur l’Ancien Testament, lequel relate le courroux d’un Dieu destructeur n’hésitant pas à tuer ou faire tuer ceux qui le conspuent. Ainsi, lorsque David terrasse le géant Goliath(7), c’est le bras armé de Dieu qui punit les païens ne reconnaissaient pas l’unicité du Dieu d’Israël. Le bouddhisme est bien une religion avec ses superstitions et son obéissance, au Dalaï-Lama, dans le cas de la branche tibétaine.

    Les croyances, liberté de conscience ?

    Toujours dans la loi de 1905, l’Etat accorde la liberté de conscience à ses sujets. Bien. De fait chacun-e peut penser comme bon lui semble. Cela n’empêche nullement de combattre les idées qui nous semblent incompatibles avec une société égalitaire. Beaucoup de personnes se déclarent croyantes mais ne souhaitent appartenir à aucune religion. Même sans hiérarchie institutionnelle, une entité supérieure est bien présente pour diriger leur vie. Le concept de l’existence d’un être créateur tout-puissant (Dieu), au-delà de son incohérence structurelle, permet d’expliquer beaucoup de choses, par le prisme du divin. Ainsi, le handicap, la pauvreté et autres maux sont le fait de Dieu, soit par punition d’une mauvaise action, soit par une mise à l’épreuve. L’homme beau, riche, intelligent, avec du pouvoir n’est pas gêné par celui qui est en bas de l’échelle sociale, puisque c’est la volonté divine. Croire, c’est donc s’en remettre à une puissance pour la conduite de sa propre vie. On observe aussi des croyants qui militent et dont la croyance est justement l’origine du militantisme. Par charité, ils ont investi la sphère de l’aide, louable bien qu’elle ne remette nullement en cause l’ordre établi. Par exemple, les cathos de gauche peuvent prendre fait et cause pour les sans-papiers, en les aidant mais ne vont pas s’attaquer à l’origine de l’inégalité : l’existence de frontières.

    Soyons ouverts et tolérants : combattons aussi l’islam et le judaïsme !

    En France, l’extrême-gauche et les libertaires sont souvent prompts à critiquer le christianisme au détriment des autres religions. Si le culte de la croix est celui que nous connaissons le mieux, il n’en demeure pas moins dommageable de ne pas opposer la même virulence envers l’islam, le judaïsme ou le bouddhisme, pour ne citer qu’eux.

    La critique du judaïsme est ardue suite aux atrocités commises par le régime nazi. Pourtant, la notion de peuple élu, légitimant le sionisme et la conquête d’Israël sont forts contestables. Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, le judaïsme est inégalitaire, sexiste, obscurantiste, de même que l’islam. Au nom de la liberté de culte, légitime en soi, ou de la tolérance, des militants ont souvent tendance à défendre les pratiques de l’islam, ou tout du moins à ne pas s’insurger contre elles. Oui, imposer 5 prières par jour, le voile, le ramadan et autres pèlerinages est liberticide, et ne favorise pas l’émancipation. Il n’y a pas de religion à visage humain.

    Benoît Guerrée, groupe de Montpellier

    1 Au jour où nous rédigeons cet article, la visite n’a pas encore eu lieu.
    2 Source : sondage IFOP pour La Croix, Le catholicisme en France en 2006, juillet 2006
    3 Christianisme, judaïsme et islam se réclament issus d’un patriarche originel commun: Abraham
    4 Ceux délivrés par Dieu à Moïse dans l’Ancien Testament, affirmant que la représentation de Dieu est interdite
    5 Le premier schisme de l’islam est issu d’une guerre de succession à la mort de Mahomet.
    6 Pratique remontant à 1604 sous le règne d’Henri IV, fraîchement (re)converti au catholicisme.
    7 La Bible de Jérusalem, 1 Samuel, chapitre 17

    Par Groupe Un Autre Futur Sans-papiers
  • Elargir les luttes pour la régularisation des sans-papiers

    01 Juil 2008

    Continuité de la lutte des sans-papiers

    Depuis 1996, avec l’occupation de l’église Saint-Bernard, les sans papiers font régulièrement irruption sur le devant de la scène politique. Leurs luttes permettent de faire évoluer la perception qu’a la société des personnes sans-papiers.
    La figure du « clandestin » fabriquée par les politiques anti-immigrés de gauche comme de droite qui ont accompagné les années d’émergence du FN, s’érode proportionnellement à la présence des luttes des sans-papiers. Le visage de ces luttes aussi s’est modifié. Ce n’est plus la figure du travailleur immigré des années 70 chez les OS dans l’industrie automobile ou chez les ouvriers agricoles. La nouvelle figure de la personne sans-papiers en lutte est celle issue des tensions créées par les politiques anti-immigrés des années Mitterand-Chirac. Ces politiques ont annihilées l’essentiel des possibilités d’avoir un séjour régulier pour des personnes qui vivent et travaillent ici depuis de nombreuses années.
    De St Bernard au début du mandat de Jospin, la lutte des sans-papiers fait tâche d’huile et s’étend. La création de ce rapport de force arrachera à l’état la circulaire Chevènement. Sans rien régler sur le fond, puisque les lois anti-immigrés qui fabriquent des sans-papiers ne seront pas abrogées, elle donnera lieu à la régularisation de plus de cent mille personnes.
    Après cette demi-victoire, le pouvoir en place tentera, dans un contexte qui lui est favorable, de rendre invisible la question des sans-papiers. En plus d’une pression moins forte des mouvements de luttes après la circulaire Chevènement, il profitera des nouveaux enjeux internationaux liés à l’après 11 septembre. Ceux-ci annoncent la quasi disparition des mouvements anti-racistes et par voie de conséquence, l’érosion des réseaux de soutien aux sans-papiers, ce qui aide cette tentative d’anonymat orchestrée par l’état. Cette période, malgré quelques luttes notamment autour du logement, est synonyme de reculs législatifs. En plus de réduire encore les marges de manoeuvre des migrants, les lois Sarkozy s’accompagnent de reculs politiques et idéologiques dans la société française. La figure du sans-papiers redevient celle du clandestin, voir celle du délinquant, et c’est cette image que le gouvernement actuel ne cesse de vouloir asséner.
    Malgré tout, à partir de 2006, les luttes reprennent un nouveau souffle, d’abord à partir des écoles , où le refus de voir la police interpeller des sans-papiers se structure en un réseau national, le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), et ensuite autour du logement, avec l’occupation d’un millier de sans-papiers à Cachan. Les reculs politiques enregistrés dans les années précédentes, laissent plus de place à des constructions citoyennistes centrées sur les enfants. Elles ont été un frein à la jonction de ces deux mouvements.

    Des luttes en progrès :

    Depuis, on observe une recrudescence des luttes de sans-papiers partout en France. Il y a davantage de monde qui lutte : dans les écoles, dans les luttes autour du logement, contre les Centres de Rétention Administrative, contre les politiques migratoires européennes, et maintenant au sein des entreprises. Pour le monde syndical, lutter au côté des sans-papiers, c’est de nouveau faire le lien avec les notions de classes exploitées et de solidarité de classes, malgré de vrais difficultés liées aux stratégies du DAL et de la CGT. Ce nouveau front pourrait faire la jonction avec le reste du mouvement social en permettant une globalisation de l’ensemble des luttes menées aujourd’hui. Cette globalisation est indispensable à la persistance de toutes les luttes qui se veulent gagnantes.
    Aujourd’hui le niveau de conscience sur la question des sans-papiers est de nouveau en train de s’élargir. Même si le RESF a d’abord été centré sur les enfants, il en ressort que des gens qui ont participé ou participent encore au réseau, se mettent à lutter sur l’ensemble de la question des sans-papiers. Ce phénomène est sûrement en partie dû, outre à la pratique de la lutte, à l’ouverture de nouveaux fronts qui permettent d’appréhender des réalités plus larges, de globaliser des phénomènes de lutte qui peuvent apparaître au départ comme parcellaires.
    Il est également à noter qu’à travers les jonctions opérées par l’UCIJ (Uni-e-s contre l’immigration jetable), des convergences nationales ont vu le jour cette année, à travers trois dates en novembre, janvier et avril. Loin d’être ridicules en rassemblant des milliers de personnes à Paris et en province, ces manifestations sont essentielles à la construction d’une lutte globale pour modifier les rapport de force dans la société.

    Construire des rapports de force

    La multiplication des champs de lutte est le résultat des politiques d’immigration qui ne cessent de se durcir. Le nombre annoncé de 27000 expulsions par an est faramineux. La pression des arrestations dans la rue, les transports en commun, au domicile, sur les lieux de travail, rend encore plus forte la nécessité de se battre, d’autant plus que les possibilités de se voir régularisé s’amenuisent toujours. Même si nous sommes convaincus que chaque lutte paye et qu’elle seule fera progresser la lecture de la lutte des sans-papiers dans la société, nous sommes encore loin d’être en capacité de modifier l’axe politique gouvernemental.
    En effet, dans plusieurs secteurs d’activités économiques, comme le bâtiment ou la restauration, le patronat attend du gouvernement qu’il garantisse le statut quo lui permettant de maintenir ses bénéfices par l’emploi d’une main-d’oeuvre bon marché. Dans d’autres secteurs de pointe, le patronat veut pouvoir faire fructifier le hold-up de la « matière grise » sur le marché, aujourd’hui international, de la main-d’oeuvre. Dans tout les cas, l’immigration est assujettie aux besoins fluctuants du patronat et séparé sur ce critère en « bon » et « mauvais » immigrés. Enfin, Sarkozy mise, pour la conservation du pouvoir, sur une stratégie de captation durable du vote d’extrême droite, créant ainsi une variante du scénario de la droite italienne.
    Du côté des acteurs de la lutte des sans-papiers et des sans-papiers eux-mêmes, demeure une grande difficulté à centraliser, fédérer et développer le rapport de force. Il va pourtant bien falloir multiplier les lieux de luttes et trouver le moyen de les fédérer. De plus, si l’on veut gagner durablement, il faudra aussi obtenir l’abrogation des législations anti-immigrés.
    Du coup, les stratégies menées récemment par le RESF, la CGT et le DAL de ne pas vouloir étendre et fédérer les luttes, ne permettent pas de globaliser la question des sans-papiers (même si des débats traversent ces organisations). Prendre les luttes de sans-papiers de façon éclatées ou parcellaires, sans intention de vouloir aller plus loin, ne peut que mener à l’impasse, épuisant les sans-papiers et les soutiens sans jamais obtenir de victoires plus importantes qu’une régularisation au cas par cas ou exceptionnelle.

    La place des libertaires dans la lutte des sans-papiers

    De saint-Bernard à aujourd’hui, les anarchistes n’ont cessé de lutter aux côtés des sans-papiers, pour la régularisation de tous les sans-papiers, pour la liberté de circuler et l’abolition des frontières. Pour que les personnes sans-papiers puissent lutter pour leur égalité alors qu’elles sont traquées, elles ont besoin d’une égalité de droits. Les libertaires sont très actifs sur ces fronts aux visages multiformes. Avec les travailleurs sans-papiers en grève, dans la lutte contre les CRA et en solidarité avec les mouvements des retenus, dans les comités de soutien partout en France et également dans la participation aux actions de l’UCIJ, les anarchistes sont probablement la force politique la plus investie dans le soutien effectif aux sans-papiers.
    Notre action est de pousser à la création de comités de soutien, d’élargir et multiplier les fronts de lutte, d’afficher la nécessité de leurs convergences (jonction avec les grèves du monde du travail, avec les manifestations du 1er mai, avec le mouvement étudiant), et de proposer des temps où le rapport de force politique devient un tremplin pour de futures victoires comme lors des manifestations du 5 avril avec l’appel unitaire des libertaires. Notre volonté d’articuler une nécessaire pensée globale porteuse de sens avec un investissement dans les luttes au quotidien et dans la durée, reste aujourd’hui une façon de faire complètement valide et indépassable pour avancer.

    Anne et Stéphane
    Groupe de Montpellier

    Par Groupe Un Autre Futur Sans-papiers
  • Mobilisation de la coordination de soutien au sans-papiers de Montpellier

    12 Juin 2008

    Voici un communiqué de la Coordination des comités de soutien aux sans-papiers de Montpellier à laquelle participe le groupe Un Autre Futur de la Coordination des Groupes Anarchistes.

    Coordination des comités de soutien aux sans-papiers : nouveau dépôt collectif de dossiers de régularisation !

    Mercredi 25 juin, différents comités de soutien de la ville vont déposer collectivement des dossiers à la Préfecture, demandant la régularisation de personnes sans-papiers.
    Parce qu’ensemble nous sommes plus forts, parce que nous voulons sortir de la logique du cas par cas imposée par la Préfecture, nous renouvelons l’action que nous avions déjà menée le 16 mai 2007.
    Nous déposerons des dossiers de personnes n’ayant reçu aucune réponse de la part de la Préfecture depuis le 16 mai 2007 et de nouvelles personnes qui ont fait le choix de la régularisation. D’autres dépôts collectifs pourront suivre dans les prochains mois, dans des conditions similaire.
    Nous appelons l’ensemble de la population à venir soutenir cette action massive lors d’un rassemblement organisé devant la Préfecture de l’Hérault, mercredi 25 juin, à 12h00.
    Nous avons sollicité une audience en Préfecture pour remettre directement l’ensemble des dossiers aux fonctionnaires habilités à régulariser des personnes souhaitant vivre normalement sur le territoire français.
    Nous demandons la régularisation de l’ensemble des dossiers que nous déposerons, et plus fondamentalement celle de tous les sans-papiers.
    Nous demandons qu’aucune expulsion n’ait lieu avant une réponse de la part de la Préfecture, et plus fondamentalement que toutes les expulsions soient stoppées.
    Contact : coordination-sans-papiers_AT_no-log.org
    http://soutienauxsanspapiers.hautetfort.com

    Par Groupe Un Autre Futur Anticapitalisme Sans-papiers
  • Aucun être humain n’est illégal

    20 Juin 2006

    Un monde de précarité

    Aujourd’hui, la précarité touche tout le monde. Nos droits sont attaqués. Dans le monde du travail, le C.P.E et le C.N.E signent la mort du C.D.I. Au niveau de la protection sociale, avec la réforme des retraites, de la sécurité sociale, la destruction des services publics, tout est fait pour nous faire payer plus. Chômeurs(es), salariés(ées), retraités(ées), étudiants(es), immigrés(ées), jeunes des quartiers populaires, notre intérêt commun est de nous battre contre les initiateurs de ces  politiques anti-sociales et sécuritaires car ils sont entrain de nous dépouiller. A quelques mois des élections présidentielles, ils se lancent dans une nième réforme sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France pour stigmatiser un peu plus une partie d’entre nous. Les immigrés(ées) sont les premiers à faire les frais des stratégies économiques et électoralistes.

    Utilisation des populations immigrées comme de la marchandise

    Peu importe pour les politiciens que les trois quarts de la planète crèvent de faim. Ils n’œuvrent pas pour un mieux vivre collectif dans l’intérêt de tous. Ils ont toujours organisé la gestion des flux migratoires avec le plus grand pragmatisme. Puisque les populations du sud cherchent à fuir vers des zones qui leur semblent plus prospères, les gouvernements vont les trier en deux catégories :

    • Celles, diplômées, qui représentent le pôle d’excellence du système et sont autorisées à séjourner sur le territoire parce qu’elles amènent de la matière grise dont les entreprises françaises pourront tirer des bénéfices. Les gouvernements n’hésitent plus à afficher leur volonté de vider « les capacités et talents » des pays étrangers.
    • Celles qui, tout aussi rentables, mises au service d’une économie souterraine, représentent la main d’oeuvre la moins chère. Celles-là sont criminalisées, amalgamées aux terroristes ou à la délinquance organisée, chassées à grands renforts de médiatisation ou maintenues dans l’illégalité, embauchées au bon vouloir des patrons sans contrat de travail pour permettre de dégager les bénéfices dans certains secteurs.

    Ainsi, la philosophie capitaliste prend les hommes et les femmes pour du bétail, qu’on peut trier, contrôler, prendre ou jeter, en fonction des besoins du capitalisme.

    Utilisation des populations immigrées pour justifier les politiques sécuritaires

    Qu’il s’agisse des plus spectaculaires manœuvres : envoie de l’armée à Mélilla, expulsions massives par Charters, ou des plus discrètes humiliations : harcèlement policier, impossibilité d’avoir droit aux soins, au chômage, de se sentir comme tout le monde, l’Etat français utilise une partie des immigrés comme boucs-émissaires de sa politique en les criminalisant (amalgame avec les délinquants organisés et les terroristes), en les rendant responsables de tous les problèmes. En 1997, 100 000 personnes avaient manifesté leur refus du projet de loi Debré, visant à contrôler l’accueil des étrangers. Depuis, accueillir un sans-papiers est devenu un délit passible de prison. Les politiques se durcissent et les idées lepénistes avancent sans qu’émerge une opposition massive. Jusqu’à quand ?

    Urgence d’une opposition massive

    Lorsqu’on sait que le nouveau palais de justice de Thonon-les-bains a été construit, fin 2005, par 32 sans-papiers polonais qui se sont mis en grève parce qu’ils n’avaient pas été payés après 2 mois de chantier et n’avaient plus de quoi s’acheter à manger, comment peut-on encore croire à la crédibilité de ce système ? Ces politiques et celles et ceux qui les cautionnent sont les pires avatars du système capitaliste. Tant que nous ne remettrons pas en cause les fondements politiques et économiques de ce système, à l’échelle internationale, rien ne changera. Les richesses de la planète seront pillées, les inégalités ne cesseront d’augmenter ici et ailleurs et ce, quelle que soit la couleur politique des gouvernements. Il nous faut afficher notre refus des expulsions, notre solidarité avec tous les sans-papiers, car le droit à la liberté de circulation vaut pour tous, pas seulement pour les riches. Ici  comme ailleurs, ce sont les mêmes mécanismes qui rendent nos conditions de vie de plus en plus dures.
    Ensemble, luttons sur le terrain social pour défendre nos droits et sur celui des idées pour faire reculer le racisme ambiant et les discriminations de tous poils.
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    Par Groupe Un Autre Futur Anticapitalisme Sans-papiers
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