Vie de l’organisation

  • Etendre la grève pour gagner, c’est maintenant!

    Etendre la grève pour gagner, c’est maintenant!

    21 Mai 2018

    Étendre la grève pour gagner, c’est maintenant !

    Le chacun pour soi c’est tout le monde dans la merde !

    Voilà ce qui résume bien le programme Action publique 2022 du gouvernement sur les services publiques et le plan social de suppression de postes dans la fonction publique. Privatisations des missions publiques, externalisation, restructuration des services, qu’est ce que ça veut dire pour notre classe sociale ? C’est vivre en moins bonne santé, être moins bien scolarisé, vieillir plus mal avec une retraite minable, être moins bien logé-e-s etc. Misère, aliénation et individualisme à tous les étages. Nous assistons à une véritable liquidation de ce qu’il reste du système français de services publics. Malgré les précédentes attaques (privatisations et ouvertures à la concurrence, baisse des moyens, remise en cause des statuts et recours aux contrats précaires, restrictions du droit de grève…), les services publics ont la particularité d’échapper encore – à des degrés variables toutefois – à la logique marchande. Cette situation est intolérable pour les capitalistes, qui y voient là une source potentielle de profits s’évaporer sous leurs yeux.

    Loin de représenter l’intérêt général ou de constituer le dernier garant de services publics de qualité, l’État révèle sa vrai nature en cette période d’attaques contre le monde du travail : être au service de la classe dominante.

    Les cheminot-es, les salariés d’Air France, d’EDF, de La Poste, des EHPAD l’ont bien compris : pour arrêter ce rouleau compresseur, nous n’avons pas d’autres choix que de nous défendre nous-mêmes.

    Ils organisent la casse, on organise la lutte !

    Il n’y a pas de fatalité. Celles et ceux qui se battent peuvent perdre, celles et ceux qui ne se battent pas ont déjà tout perdu. Nous avons le devoir de leur opposer une solidarité de classe sans faille.

    Les conquêtes sociales dont tout le monde bénéficie (congés payés, sécurité sociale, etc.) ont toutes été gagnées en instaurant un rapport de force avec le pouvoir. Grèves, occupations d’usines, blocages… : voilà précisément les moyens qui ont permis et peuvent permettre aujourd’hui encore de gagner. Le mouvement actuel renoue avec ses pratiques qui s’en prennent au porte-monnaie des possédant-e-s, et c’est pour cela que le pouvoir dénigre et réprime avec tant d’énergie ces méthodes.

    La lutte des cheminot-es est exemplaire et déterminante. Il est indispensable que l’ensemble de la classe ouvrière fasse front derrière les grévistes de la SNCF et renforce par tous les moyens le camp des travailleuses et des travailleurs dans le bras de fer qui s’est engagé. Si les camarades cheminot-e-s perdent ce combat, c’est l’ensemble du monde ouvrier qui est menacé !

    Construisons, développons et renforçons les organisations de résistance populaire (syndicats, comités, collectifs, organisations de luttes), amplifions la convergence de tous les secteurs en lutte…

    Refusons la résignation et prenons conscience de notre force !

    Pour l’autogestion généralisée

    Mais pour se battre encore faut-il savoir pour quel projet ; sans perspective pour donner du sens à la lutte, la combativité s’émousse. En tant qu’anarchistes, nous allons donc au-delà de la simple nécessité de défendre les services publics menacés ou déjà détruits. Nous pensons qu’il faut élargir autant que possible les domaines où la satisfaction des besoins de la population prime sur la recherche du profit maximum pour les élites capitalistes. Pour cela, il est indispensable d’avoir un contrôle ouvrier sur les entreprises, qu’il s’agisse du rail, des télécommunications, de l’industrie des biens et services etc. Pour nous, un service public, ce n’est pas une entreprise de plus dans les mains de l’État français, c’est un service dont les missions sont définies par l’ensemble de la population et où la mise en œuvre est confiée à l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur. C’est seulement lorsque l’ensemble de l’économie fonctionnera sous un tel modèle, lorsque les moyens de production seront aux mains des travailleurs-euses et sous le contrôle de tou-tes, que nous pourrons envisager de pouvoir efficacement satisfaire les besoins de tout-e-s et d’accéder enfin à l’égalité économique et sociale, condition indispensable au libre épanouissement individuel et collectif. C’est le projet de société communiste libertaire que nous défendons.

  • Mobilisons-nous contre le projet Collomb sur le droit d’asile !

    Mobilisons-nous contre le projet Collomb sur le droit d’asile !

    17 Avr 2018

    La Coordination des Groupes Anarchistes appelle à renforcer partout les mobilisations qui ont lieu contre le projet de loi Collomb concernant le droit d’asile, examiné à l’Assemblée à partir du 16 avril.

    Une nouvelle fois, le gouvernement manie la novlang avec cynisme puisque ce texte appelé « Pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » est en fait l’institutionnalisation d’un recul sans précédent du droit des personnes migrantes et la facilitation des expulsions des débouté-e-s du droit d’asile, dont cette loi vise à multiplier le nombre.

    Hormis de rares mesures protectrices, ce projet légalise et renforce des pratiques que les militant-e-s qui luttent aux côtés des personnes migrantes déplorent depuis plusieurs mois1 : restrictions de droits, accroissement des mesures de contrôles et de tris pour empêcher d’entrer sur le territoire français, facilitation des expulsions et des mesures de bannissement du territoire.

    La réduction du délai de recours devant la CNDA2 de 30 à 15 jours, l’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 135 jours ou le bannissement des personnes étrangères et la systématisation des interdictions de retour sur le territoire français, sont symptomatiques de la « philosophie » générale de ce texte. En revanche, rien sur les « procédures Dublin »3, qui font que la France expulse de très nombreux demandeurs d’asile sans même examiner leur demande.

    Face à cela, unanimement associations, organisations et professionnel-le-s concernées par la question dénoncent ce texte. Des salarié-e-s de l’OFPRA et de la CNDA se sont même mis-e-s en grève pour s’y opposer. De nombreuses initiatives existent comme les manifestations du 7 avril dernier, à l’appel de la Coordination nationale du 24/25 mars à Lyon des collectifs de solidarité et des collectifs de migrantEs/exiléEs/sans-papiers4, celle qui s’est déroulée à Paris ayant réuni un millier de personnes. Mais nous devons dans les semaines qui viennent accroître le rapport de force et réussir à fédérer les initiatives pour gagner le retrait cette loi.

    Ce projet de loi s’inscrit dans une démarche électoraliste et populiste qui criminalise encore et toujours les migrant‑e‑s. Les migrant‑e‑s ne sont pourtant pas les responsables des lois anti‑sociales, des inégalités économiques et sociales, du chômage, de la précarité, des guerres, etc. Ce sont au contraire les premières victimes d’un système que nous subissons nous aussi. C’est donc au titre de la solidarité évidente avec des personnes contraintes à la souffrance et à la précarité, mais aussi de la solidarité internationale entre exploité‑e‑s que nous soutenons les migrant‑e‑s. Nous devons tenter de faire en sorte que les luttes contre les régressions sociales, avec en fer de lance cheminot-e-s et étudiant-e-s, qui nous l’espérons se développeront dans les prochaines semaines, s’emparent de la lutte contre la loi Collomb et plus globalement de la solidarité avec les personnes migrantes.

    Les Relations Extérieures de la CGA

    Lundi 16 avril 2018

     

     

    1 http://www.c-g-a.org/content/face-aux-directives-du-gouvernement-et-au-durcissement-de-la-politique-migratoire-amplifions

    2 Cour Nationale du droit d’Asile

    3 Les accords Dublin III signés par les états membres européens, rendent possible l’expulsion des réfugié-e-s vers le premier pays dans lequel ielles ont laissé leur empreintes en Europe. Cette procédure est largement utilisée en France : expulsés le plus souvent vers l’Italie, leur demande d’asile n’y est portant pas enregistrée la plupart du temps. Nombre d’entre eux y écopent d’une obligation de quitter le territoire italien et se voient conseiller par la police transalpine de repasser la frontière. Direction la France où les attendront systématiquement les contrôles et placements en rétention. Les accords de Dublin 4, sont en préparation et aggraveront vraisemblablement ces logiques d’externalisation des demandes d’asile.

    4 https://blogs.mediapart.fr/la-chapelle-en-lutte/blog/300318/appel-de-la-coordination-nationale-tenue-lyon-les-24-et-25-mars-2018

    Par Groupe Un Autre Futur Communiqués CGA Immigration Sans-papiers
  • Ne laissons pas les fascistes attaquer nos résistances ! Auto-défense et riposte sociale !

    Ne laissons pas les fascistes attaquer nos résistances ! Auto-défense et riposte sociale !

    11 Avr 2018

    Le local de la CNT 69 a subi une attaque fasciste dans la nuit du vendredi 30 au samedi 31 mars : les locaux ont été détériorés et du matériel militant a été dérobé1.

    La Coordination des Groupes Anarchistes dénonce avec la plus grande vigueur cette agression et affirme sa solidarité aux camarades de la CNT 69.

    Cette dégradation s’inscrit dans un contexte où plusieurs locaux et militant-e-s libertaires ont été pris pour cible : soirée organisée par la Fédération Anarchiste de Chambéry le 20 octobre dernier2, attaque de la Plume Noire, librairie du groupe de Lyon de la Coordination des Groupes Anarchistes3 ou de Radio Canut pour ne citer que les exemples les plus récents. Toujours sur Lyon, les locaux du PCF ont également subi une attaque en mars dernier et on a assisté à plusieurs agressions et provocations lors de manifestations de soutien aux réfugié-e-s.

    Plus globalement, et au niveau national, la violence des groupes fascistes s’amplifie à l’encontre de tous ceux et toutes celles qu’ils considèrent comme des menaces à leur vision du monde : minorités, militantes et militants du mouvement syndical, féministe, antiraciste, LGBT et progressistes.

    Ces dernières semaines, dans un contexte de frémissement social, les attaques fascistes se sont multipliées contre les lycéen-ne-s et les étudiant-e-s en lutte. Si le « déblocage » de la fac de droit de Montpellier par des nervis cagoulés a fait la « une » des médias, les agressions fascistes à Lille, Strasbourg et au Lycée Autogéré de Paris ou encore à Tolbiac (Paris-1) ont été nettement moins médiatisées. Plus récemment encore, des militants d’extrême-droite ont tenté de faire pression sur les Assemblées Générales de plusieurs universités parisiennes (dont Tolbiac – Paris 1 encore, où des insultes antisémites ont été retrouvées sur les murs) et ailleurs (Angers). Au Mans, le local du syndicat étudiant a été l’objet de dégradations signées par l’extrême-droite.

    Les semaines qui viennent seront marquées, nous le souhaitons et nous y travaillons, par d’importantes luttes sociales. En s’attaquant physiquement aux mouvements sociaux et à leurs principaux animateurs et animatrices, les fascistes ne font là que jouer leur rôle historique : celui d’un courant politique qui a toujours défendu les intérêts de la bourgeoisie et qui est son ultime recours pour briser les résistances des classes populaires et créer des divisons en leur sein. Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’État et sa justice sont souvent complaisants avec les fascistes ; nous ne saurions compter sur les institutions pour parer aux attaques fascistes. Au contraire, nous devons au plus vite organiser et mettre en œuvre l’auto-défense de ceux et celles qui luttent.

    Dès que les luttes sociales prennent de l’ampleur, les faux-nez sociaux des fascistes tombent. La meilleure parade au développement des courants fascistes reste la construction du rapport de force face au patronat et à l’État. Aussi, c’est bien l’élargissement des résistances en cours (notamment des cheminot-e-s, des étudiant-e-s, des personnels de santé et des occupant-e-s de la zad) que nous devons viser : stoppons la régression sociale et les politiques racistes de l’État qui font le lit du fascisme, construisons une riposte sociale d’ampleur dans les semaines qui viennent !

     

    La Coordination des Groupes Anarchistes,
    le 11 avril 2018

     

    1 : http://www.cnt-f.org/cnt69/attaque-fasciste-contre-le-local-de-la-cnt-rassemblement-mercredi-4-avril-a-18h/

    2 : http://www.c-g-a.org/content/nouvelle-attaque-fasciste-sur-une-soiree-militante-solidarite

    3 : http://www.c-g-a.org/content/attaque-fasciste-lyon-sur-la-croix-rousse-et-contre-la-librairie-libertaire-la-plume-noire

    Par Groupe Un Autre Futur Communiqués CGA
  • Réussir le 22 mars… pour faire front contre le gouvernement

    Réussir le 22 mars… pour faire front contre le gouvernement

    22 Mar 2018

    Même pas un an au pouvoir et le gouvernement Macron a déjà déclaré la guerre aux travailleuses-eurs et aux pauvres.

    Baisse des APL, baisse des retraites, le plus grand plan social de l’histoire avec la disparition des contrats aidés, baisse des salaires (jour de carence…)la loi travail par ordonnances, la loi Asile-Immigration… Alors qu’ils prétendaient faire de la politique autrement, les députés et ministres « En Marche ! » ne font qu’accélérer la casse des acquis sociaux.

     

    C’est aux services publics de l’éducation et du rail que s’attaquent aujourd’hui les nouveaux rois du pays. Réforme du bac, introduction de la sélection à l’entrée de l’université, destruction du peu qui reste du statut qui protégeait les travailleurs et travailleuses du rail, plus de 100 000 suppressions de postes dans la fonction publique…

    « Quand on veut tuer son chien,
    on dit qu’il a la rage ! »

    Mieux, l’État organise depuis des décennies la destruction des services publics pour pouvoir ensuite brader les murs aux plus offrants pour des sommes dérisoires. C’est ce qu’il a fait avec les autoroutes, avec les industries automobiles, avec les chaînes de télévision, avec France Télécom, avec EdF-GdF, avec la Poste…

    Alors que l’intersyndicale dans le rail a annoncé sa volonté de résister et que les cheminot-e-s affutent leurs armes pour un conflit qui s’annonce long et dur, en face l’État et les médias aux ordres cherchent déjà à monter les travailleurs-euses les un-es contre les autres, en nous revendant la vieille soupe de la division et du SNCF-bashing. Comme Tatcher avec les mineurs dans les années 80 en Angleterre, Macron essaie d’écraser ce bastion de résistance ouvriere qu’est le rail. Si les camarades cheminot-e-s perdent ce combat, c’est l’ensemble du monde ouvrier qui est menacé ensuite ! Il est donc indispensable que l’ensemble de la classe ouvrière fasse front derrière les grévistes de la SNCF et renforcent, par tous les moyens possibles, le camp des travailleuses et des travailleurs dans le bras de fer qui arrive.

    Pour un vrai service public de qualité

    En tant qu’anarchistes, nous allons même au-delà de la simple nécessité de défendre les services publics menacés ou déjà détruits. Nous pensons qu’il faut élargir autant que possible les domaines où la satisfaction des besoins de la population prime sur la recherche du profit maximum pour les élites capitalistes. Pour cela, il est indispensable d’avoir un contrôle ouvrier sur les entreprises, qu’il s’agisse du rail, des télécommunications, de l’industrie de biens et services de base etc.

    Un vrai service public de qualité, ce n’est pas juste une entreprise de plus dans les mains de l’État français, c’est un service dont les missions sont définies par l’ensemble de la population et où la mise en œuvre est confiée à l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur.

    C’est seulement lorsque l’ensemble de l’économie fonctionnera sur un tel modèle, lorsque les moyens de production seront aux mains des travailleuses et des travailleurs et sous le contrôle de toutes et tous, que nous pourrons envisager de pouvoir efficacement satisfaire les besoins de tou-te-s et d’accéder enfin à l’égalité économique et sociale, condition indispensable au libre épanouissement individuel et collectif.

    C’est ce projet de société que nous défendons et que nous appelons communisme libertaire.

     

     

    Les Relations Extérieures de la Coordination des Groupes Anarchistes
    le 21 mars 2018

     

    Par Groupe Un Autre Futur Communiqués CGA Luttes Sociales
  • Reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël : de l’huile sur le feu qui brûle la Palestine

    Reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël : de l’huile sur le feu qui brûle la Palestine

    23 Déc 2017

    Mercredi 6 décembre 2017, le président fascisant des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, a mis le feu aux poudres en déclarant reconnaître Jérusalem/Al-Qods comme capitale de l’État d’Israël. Cela répond à une revendication historique de l’extrême-droite israélienne et envoie un message clair d’impunité aux colons les plus radicaux. Depuis cette décision, au moins 8 palestinien-ne-s sont mort-e-s et des centaines de personnes ont été blessées dans des bombardements sur la bande de Gaza et des affrontements avec les forces de l’ordre israéliennes.

    Cette décision s’inscrit dans une convergence de fond entre le projet colonial d’Israël et les courants nationalistes, colonialistes et racistes en Europe et Amérique du Nord.

    Le sionisme est un nationalisme et un colonialisme

    Le sionisme, en tant qu’idéologie nationale de l’État d’Israël, est largement inspirée par le nationalisme tel qu’il a été développé par de nombreux peuples d’Europe, puis d’ailleurs, à partir du XIXe siècle. En tant qu’anarchistes, nous combattons le nationalisme comme une idéologie qui sert les classes dirigeantes en cherchant à unifier un peuple autour d’un récit national d’une prétendue histoire, culture et langue commune (deux langues à la rigueur). Le nationalisme est donc pour nous une idéologie qui, dans son essence, relègue les intérêts des opprimé-e-s derrière ceux prétendument prioritaires de la « nation » et qui tend, en outre, à limiter, voire à faire disparaître, toute expression de particularismes culturels et linguistiques.
    Par ailleurs, le nationalisme verse régulièrement dans une vision raciste du monde dans lequel les membres de la nation seraient supérieur-e-s aux individu-e-s extérieur-e-s (ou rejeté-e-s) à la communauté nationale. Cette vision raciste est doublement utile pour les classes dirigeantes : elle permet de diviser les opprimé-e-s en les opposant les un-e-s aux autres au lieu de les liguer contre leur oppresseurs ; elle fournit une justification aux multiples projets colonisateurs et expansionnistes portés par les différents nationalismes, en particulier les nationalismes européens. Dans ce cadre, le sionisme défendu et utilisé par l’État d’Israël, bien qu’il s’agisse d’un « colonialisme sans métropole », est un parent éloigné des nationalismes et des projets coloniaux français, anglais, belge et autres. En effet, il a intégré une large part de l’imaginaire colonial européen, ainsi que ses méthodes brutales d’expropriation, tout en se présentant comme un « mouvement de libération nationale ». On retrouve cette logique coloniale raciste derrière le récit soit-disant « féministe » et « ouvert » pour les minorités sexuelles et de genre de l’État israélien, qui serait un refuge pour les personnes opprimé-e-s par le patriarcat et l’hétérosexualité imposée, qui serait l’apanage des cultures arabo-musulmanes. Il s’agit là bien entendu de « pink washing », au sens où l’État israélien instrumentalise des luttes légitimes d’opprimé-e-s pour mieux légitimer son expansion coloniale et l’oppression qu’elle impose aux Palestinien-ne-s, quels que soient d’ailleurs leur sexualité ou le genre auquel ielles s’identifient.

    Le sionisme est un produit de l’histoire coloniale et de l’anti-sémitisme européen

    Le sionisme est une idéologie nationaliste qui s’est forgé dans le double contexte de l’émergence de l’idéologie nationaliste en Europe et de la montée en puissance de l’antisémitisme moderne qui a découlé de cette émergence. Plutôt que de s’attaquer au nationalisme nourrissant l’antisémitisme, le mouvement sioniste a choisi d’en reproduire les conceptions, considérant l’oppression antisémite comme inéluctablement liée au diasporisme. Cette conception a été combattue dès l’origine par les courants ouvriers juifs internationalistes, qui associaient autodéfense antiraciste et lutte de classe.
    Les persécutions qui visaient les minorités nationales juives, notamment en Europe de l’Est, ont cependant peu à peu renforcé l’idée parmi une minorité des juives et des juifs que la solution au racisme qu’ielles subissaient se trouvait dans la fondation d’un État qui réunirait et protégerait le peuple juif. Cette idée a progressé chaque fois que le mouvement ouvrier ne s’est pas montré assez ferme dans la lutte contre l’antisémitisme, y compris en son propre sein..
    L’extermination des juives et des juifs par le régime nazi n’est que l’expression la plus extrême et la plus déshumanisée d’une tendance longue et lourde dans de nombreux pays européens. Encore maintenant, les différents courants du sionisme se présentent comme une réponse à l’antisémitisme et présentent le soutien au fait colonial israélien comme une nécessité pour les juives et juifs, celui-ci étant présenté comme le garant de leur sécurité. C’est ce qu’on a pu voir à l’occasion des attaques antisémites massives qui ont eu lieu en France en 2012 (Toulouse) et en janvier 2015 (Paris). L’État d’Israël se présente comme un refuge pour les juives et les juifs, qu’il faudrait constituer en tant que peuple sur la “terre sainte”, dans un territoire sécurisé et débarrassé du fléau antisémite. Cela n’empêche pas la droite et l’extrême droite sioniste de faire preuve d’une complaisance régulière avec des antisémites, pourvu qu’ils soient considérés comme des « alliés objectifs » de l’État d’Israël. Ainsi Netanyahu a-t’il multiplié les sorties en soutien à Trump, minimisant l’influence de ses alliés néo-nazis et la responsabilité de ce dernier dans les attaques antisémites, comme il l’a fait avec le régime d’Orban ou celui de Poutine.

    C’est aussi, en bonne partie, la responsabilité de la puissance coloniale française et de son œuvre de division raciste, si les minorités juives d’Afrique du Nord, entre autres, sont parties en masse renforcer le projet colonial israélien après les indépendances et s’y sont d’ailleurs retrouvées nettement opprimées, par l’exploitation capitaliste menée par les classes dirigeantes et par les divisions racistes qui structurent cet État.

    Enfin, c’est parce que les puissances française et anglaise se sont partagées les restes de l’Empire Ottoman à la fin de la Première Guerre Mondiale que l’État d’Israël a pu voir le jour sur un territoire où habitaient déjà d’autres populations. En effet, le Traité de Sèvres a partagé les territoires de l’ancien empire en « mandats » français et britanniques. Alors que la France avait hérité de l’actuelle Syrie et du Liban , l’Angleterre contrôlait l’Irak et la Palestine (qui comprenait les territoires actuels de la Palestine/Israël et de la Jordanie). A partir de ce moment là, cette dernière a cherché à maintenir son emprise en soutenant tour à tour les ambitions des colons sionistes et celles des nationalistes arabes. Au sortir de la seconde Guerre Mondiale, les impérialismes européens, marqués tant par l’antisémitisme que par le racisme, ont vu dans le projet sioniste une manière de se débarrasser d’une population indésirable, et ce d’autant plus que les juives et juifs des classes populaires avaient souvent fait partie des secteurs les plus combatifs et les plus révolutionnaires dans la guerre de classes jusqu’à présent.

    La décision de Trump, ses causes et ses répercussions

    Donald Trump a été élu avec le soutien particulièrement déterminant des courants néofascistes de « l’Alt-right », diffusant une idéologie raciste, antisémite et islamophobe. Son élection s’est traduite par une vague de violence contre la minorité noire, les minorités juives et musulmanes aux États-Unis. Face aux violences antisémites, le gouvernement Netanyahu et ses soutiens de la droite sioniste aux États-Unis comme en Israël n’ont cessé de minimiser la responsabilité du gouvernement Trump dans la situation. Alors qu’ils présentent régulièrement l’alignement sur leur politique comme une nécessité pour lutter contre l’antisémitisme, ils ont ainsi sacrifié la minorité juive américaine considérée comme trop à gauche, trop diasporique, trop critique à l’égard de la politique israélienne. Cette alliance se fait sur le dos des palestiniennes et des palestiniens, mais également sur le dos de la minorité juive aux États-Unis.

    La récente décision de déplacer l’ambassade des États-Unis d’Amérique de Tel-Aviv (capitale reconnue internationalement d’Israël) à Jérusalem/Al-Qods , et donc de reconnaître cette dernière ville comme capitale de l’État d’Israël, témoigne du soutien indéfectible de l’État étasunien au projet colonial israélien et risque bien de constituer une étape majeure de l’expansion de l’État d’Israël. En effet, Jérusalem/Al-Qods est jusqu’à présent une ville sous statut international spécifique, censé garantir l’accès et la protection des lieux saints des trois grands monothéismes, ce qui cristallise encore davantage les tensions liées à la colonisation et à l’expropriation des habitant-e-s historiques de la ville qui dure depuis des décennies. En appuyant une revendication historique des courants les plus extrêmes du sionisme, Trump valide implicitement les colonies (planifiées par l’État d’Israël ou non) qui réduisent le territoire déjà ridicule accordé par les traités internationaux à l’avorton d’État qu’est l’Autorité Palestinienne, qui oscille de son côté entre impuissance et collaboration. Ces colonies se sont d’ailleurs multipliées dès l’annonce des résultats des élections aux USA, en janvier dernier. La Cisjordanie n’est plus qu’un paquet de confettis, séparés les uns des autres par des checkpoints militaires, des murs et des barbelés. La population palestinienne est un marché captif et une part significative est contrainte de travailler directement pour la bourgeoisie israélienne. Les colons bénéficient, pour s’installer sur les terres palestiniennes, d’une multitude d’avantages, notamment fiscaux, énergétiques et fonciers.

    La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël s’inscrit donc dans une convergence de fond entre deux courants d’extrême droite, l’un à la tête des États-Unis, l’autre de l’État d’Israël. Elle s’inscrit, en outre, dans un timing local bien spécifique puisque les deux principaux mouvements palestiniens (le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, et le Fatah, qui représente l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie) étaient dans une phase de rapprochement. Remettre le feu aux poudres peut servir à saper le « renforcement » éventuel d’un interlocuteur palestinien officiel réunifié.

    Ce que nous défendons

    La Coordination des Groupes Anarchistes soutient tous les peuples en lutte contre le colonialisme et, à ce titre, défend le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et sa légitime résistance contre l’occupation israélienne. Nous ne pensons pas que la solution politique à long terme réside dans la création et la reconnaissance d’un État palestinien qui ne fera que reproduire les travers inhérents à cette forme hiérarchique et autoritaire d’organisation sociale. Nous pensons que seule l’abolition du capitalisme, du patriarcat et du système de domination raciste, qui s’appuient les uns sur les autres et se renforcent mutuellement, peut constituer une base solide pour la région. En attendant, nous soutenons les initiatives populaires de résistance à l’occupation du peuple palestinien et les actions des anticolonialistes israélien-ne-s. Nous soutenons toutes celles et tous ceux qui luttent dans cette région pour une égalité de droits et, plus encore, pour une égalité réelle. C’est dans la lutte sociale et anticoloniale que se créent les conditions favorables au développement d’une coexistence harmonieuse et pacifique, basée sur la nécessaire égalité sociale et économique. Elle supposera dans tous les cas, pour commencer, l’arrêt de la colonisation et de l’expropriation des palestinienNEs, le droit au retour des réfugié-e-s, l’égalité pleine et entière des droits, l’arrêt du blocus de Gaza, la fin de l’apartheid pour les palestinien-ne-s de 48.

    Alors que Netanyahu rencontrait Macron le 10 décembre à Paris, nous nous opposons à toute forme de coopération commerciale ou militaire avec l’État d’Israël, en particulier tant qu’il viole impunément les traités internationaux. À l’heure où Trump s’affiche comme un soutien des courants les plus extrêmes du colonialisme israélien, cette visite officielle qui sert à renforcer la stature international du président français légitime la politique agressive du dirigeant sioniste.

     

    La colonisation israélienne doit cesser !
    À bas le sionisme et ses alliés occidentaux ! À bas le colonialisme sous toutes ses formes !

     

     

    la Commission Internationale de la CGA,
    Coordination des Groupes Anarchistes,
    le 18 décembre 2017

    Par Groupe Un Autre Futur Communiqués CGA International
  • Le 16 décembre, tou-te-s à Menton ! Liberté pour tou-te-s et solidarité avec les migrant-e-s : ouvrez les frontières !

    Le 16 décembre, tou-te-s à Menton ! Liberté pour tou-te-s et solidarité avec les migrant-e-s : ouvrez les frontières !

    11 Déc 2017

    La Coordination des Groupes Anarchistes soutient le rassemblement en solidarité avec les migrant-e-s à Menton (Alpes-Maritimes, proche de la frontière italienne) le 16 décembre.

    L’appel :

    En prélude à la journée internationale des migrants, retrouvons-nous le samedi 16 décembre à Menton :

    • pour célébrer la journée internationale des migrant-e-s et donner de la visibilité à toutes les initiatives qui seront prises dans ce cadre
      parce que cette frontière est devenue un des symboles de l’inhumanité des politiques migratoires de l’État français et de l’Union européenne et du développement de l’État policier
    • parce qu’aux morts dues à la fermeture des frontières s’ajoutent la multiplication des mesures d’enfermement et d’expulsion, les milliers de migrant-e-s à la rue, y compris des enfants et des jeunes isolé-e-s, le harcèlement policier et la chasse aux sans-papiers
    • parce que le gouvernement français, au travers de l’inscription des mesures d’urgence dans le droit commun contredit encore plus le droit d’asile et que ce même gouvernement prépare une nouvelle loi durcissant encore sa politique migratoire dans un sens liberticide
    • parce que cette région est devenue le symbole des solidarités qui existent sur tout le territoire avec les migrant-e-s, et qu’elle est aussi devenue, après Calais, le symbole de la répression contre ce mouvement et les personnes solidaires
    • pour dire « ça suffit ! », pour mettre fin à l’acharnement contre les migrant-e-s et aux discours et politiques racistes et sécuritaires qui gangrènent toute notre société.

    Nous manifesterons pour :

    • l’accueil des migrant-e-s
    • la liberté de circulation et de résidence (art. 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen)
    • la régularisation des sans-papiers
    • l’abrogation des accords de Dublin
    • la solidarité et l’égalité des droits pour tout-e-s
    • l’abrogation de tout « délit de solidarité » (sic), et l’abandon de toutes les poursuites contre les citoyen-ne-s solidaires.

    Les signataires :

    À l’appel du collectif Solidarité Migrants des Alpes Maritimes, de Roya Citoyenne, de la Coordination des Sans-Papiers 75 et de la Coalition Internationale des Sans-Papiers et Migrant-e-s

    Nationaux :

    ACORT, ATMF, Les Ami-e-s de la Roya Citoyenne, BAAM, Cedetim, Cercle Louis Guilloux, CRLDHT, DAL, DIEL, Droits Devant !!, Fasti, FTCR, Front Social, Gisti, MRAP, Pride de Nuit, RESF, Sortir du colonialisme, UJFP, UTAC, United Migrants, Urgence Notre Police Assassine, SAF, Union syndicale Solidaires, Solidaires étudiants, Sud Santé sociaux, Sud Education, FERC-Cgt, AL, CGA, EELV, Ecologie sociale, Ensemble, NPA, PCF, PIR

    Locaux :

    Alternatives et Autogestion 06, Artisans du monde 06, Attac 06, Cimade 06, Citoyens solidaires 06, Coordination Réfugiés-migrants 06 de la France insoumise, Défends ta citoyenneté, Emmaüs Côte d’Azur, Ensemble ! 06, FSU 06, LDH Comité régional PACA, LDH Nice, Médecins du Monde, MRAP 06, NPA06, Parti de Gauche 06, RESF 06, Roya citoyenne, Solidaires 06, Solidaires étudiants, Sud Santé sociaux, ADN (Association pour la Démocratie à Nice), CGT Cheminots de Nice, CGT UD 06, CGT Educ’action 06, Habitat et Citoyenneté, Librairie « Mots du monde » (Nice), PCF 06, Tous citoyens !

    Cimade 05, Tous migrants (Briançonnais), MRAP Aubenas, CNT Interpro 07, Collectif Marseille en état d’urgence sociale

    CIIP (Centre d’Information InterPeuples), Collectif 38 de solidarité avec les étrangers et les migrants (Resf, Rusf, Solidaires 38, CGT 38, La patate chaude, PC, NPA), LDH 38

    CADR 74 (Collectif Accueil Défense Roms 74), NPA 74, CMCAS Pays de Savoie) (CE Energie 73/74), LDH Annecy, Jeunesse Contre la Haine Savoie

    Collectif savoyard contre la répression (Alternatives et Autogestion 73, ATTAC 73, CGT 73, CNT 73, Ensemble ! 73, FI 73, FSU 73, LDH 73, NPA 73, PCF 73, PCOF 73, PG 73)

    Collectif 69 de soutien aux réfugié-e-s et migrant-e-s, Sud Santé Sociaux 69, Sud Télécom 69, CGT Vinatier, LDH 69, ATTAC 69, UJFP 69, Emancipation 69, NPA 69, CGA-Lyon, PG 69, Migrations Minorités Sexuelles et de Genre, ASTI Valence, ASTI Romans, Solidarité et Langage, Collectif de soutien aux Migrants de Bourg-en-Bresse

    Collectif Bienvenue Migrant-e-s 34, RESF 34, ACAT 34, Sud-éducation 34, CGA 34, NPA 34, La Collective34, Ensemble ! 34, Assemblée contre les violences d’Etat, Cimade Languedoc-Roussillon

    Association de soutien pour Jean-Luc Murno % son vélo, AHSETI (Le Havre), Asti 14

    Collectif Justice et Libertés Strasbourg, « D’ailleurs nous sommes d’ici » Bas-Rhin, Collectif Mosellan de lutte contre la misère, Blida Rébellion

    Un toit c’est un droit Rennes, AL Rennes, FI Rennes, NPA Rennes

    Coordination des Sans-Papiers 75, Coordination des Sans-Papiers 92, Intégration 21, Collectif Paris 20 Solidaires avec touTEs les Migrant-e-s, Coordination contre l’esclavage en Lybie, Zone de Solidarité Populaire Paris 18, United Migrants, Solidaires Paris, Harissa sauce blanche Montreuil, AMDH-Paris

    Par Groupe Un Autre Futur Communiqués CGA
  • Ce pour quoi nous luttons dans les mouvements sociaux

    Ce pour quoi nous luttons dans les mouvements sociaux

    08 Déc 2017

    Lutte collective

    Nous défendons la dimension collective de la lutte. Cela n’exclut pas les initiatives individuelles, mais cela signifie que nous mettons en avant la force collective que procure le fait de s’associer pour lutter, la force supplémentaire qu’amène la solidarité et l’entraide face au pouvoir.

    Organisation

    Nous défendons la nécessité de s’organiser pour lutter, ce qui découle directement de la nécessité de s’associer. S’organiser, cela veut dire se donner les moyens de prendre des décisions, collectives, mutualiser les moyens (notamment matériels) pour démultiplier nos capacités d’action. Selon la nécessité, l’organisation peut être ponctuelle ou s’inscrire dans la durée. Nous ne fétichisons pas les organisations en tant que structures, mais nous défendons la nécessité de s’organiser.

    S’organiser avant, pendant, après la lutte

    Nous défendons la nécessité de s’organiser avant, pendant, et après la lutte. Nous considérons que les luttes émergent d’une convergence entre une révolte ponctuelle et la diffusion préalable d’une autre manière de voir que celle du pouvoir. C’est pour cela que nous travaillons à l’insertion sociale de l’anarchisme, et que nous refusons une logique suiviste qui consisterait à ne participer aux luttes que lorsqu’elles sont à leur pic. Nous considérons qu’il est nécessaire de participer à la construction des luttes, car c’est à ce moment là que se joue le succès futur de celles-­ci et la possibilité plus ou moins grande de développement de dynamiques d’auto­-organisation.

    Auto-organisation

    Nous défendons comme mode d’organisation l’auto-­organisation des exploité­-e-­s en lutte. Cela signifie que l’organisation, n’est pas imposée par une minorité dirigeante ou d’autres organisations, mais est un choix volontaire des participant-e-­s de la lutte. Cela peut passer selon les cas par la constitution de comité de grèves, d’assemblées générales, de coordinations, d’assemblées populaires, mais cette dynamique passe aussi par la lutte pour la démocratie directe et le fédéralisme au sein des organisations pré­-existantes à la lutte (syndicats, associations, collectifs).

    Refus de la hiérarchie, décisions collectives

    Pour nous, l’auto-­organisation ne prend son sens réel que par le refus de la hiérarchie, de la division dirigeants/dirigés, ce qui suppose la prise de décision par la collectivité en lutte au moyen du vote décisionnel (et non de l’élection), et non par une avant­-garde élue ou auto­-proclamée. La mise en œuvre des décisions doit aussi être portée collectivement.

    Organisation formelle

    Nous défendons l’organisation formelle, que nous ne confondons pas avec le légalisme, parce que nous pensons que la formalisation de modes de décisions permet d’identifier les lieux et les rapports de pouvoirs, le décalage entre le fonctionnement souhaité et le fonctionnement réel, et donne ainsi la possibilité de rectifier les dysfonctionnements, de combattre les logiques de domination en les identifiant, de contrôler le pouvoir.

    Fédéralisme et contrôle des mandats

    Nous pensons que l’organisation ne peut se concevoir de manière localiste, sous peine de voir se maintenir les dynamiques dirigistes à l’échelle extra-­locale (nationale, internationale). Pour coordonner les différents niveaux d’organisation sans reproduire la distinction dirigeants/dirigés et en maintenant le cadre de décisions collectives, nous défendons le fédéralisme, la pratique du mandatement contrôlable, révocable et de la rotation des mandats.

    Complémentarité des tactiques

    Nous défendons la complémentarité des tactiques, c’est à dire le souci permanent non d’opposer à priori les tactiques dès lors qu’elles s’inscrivent dans une volonté émancipatrice, mais de travailler à leur complémentarité réelle, c’est à dire qu’elles se renforcent mutuellement. Cela ne signifie pas une juxtaposition de tactiques sans prise en compte de celles des autres, qui n’est que source de conflit et de division, mais la construction d’une complémentarité entres tactiques différentes et la solidarité face à la répression. Par exemple, pour la lutte des sans-papiers, les investissements, qu’ils soient dans des collectifs locaux, dans une stratégie syndicale ou dans une approche plus globale contre les frontières, ne s’opposent pas mais se renforcent si ils se nourrissent les uns des autres et qu’ils sont tournés vers une perspective et des mots d’ordres communs.

    Construction du rapport de force

    Nous pensons que la lutte ne peut marquer des points que si elle développe le rapport de force. Pour nous ce rapport de force ne se situe pas pour l’essentiel dans « l’opinion publique », qui est une construction médiatique. Il se situe à la fois dans la diffusion des idées opposées à la domination auprès de nos collègues, nos voisins,… mais aussi et surtout dans le basculement de ceux-ci de la passivité à l’action collective de confrontation avec le pouvoir.

    Cela signifie taper au portefeuille des patrons et actionnaires en s’en prenant à la bonne marche de la production par la grève, le blocage, l’occupation, le ralentissement de la production, etc.

    Cela signifie aussi défendre l’idée que l’État n’est pas un partenaire, un interlocuteur neutre, mais un ennemi dans la lutte, au service de la bourgeoisie, et qu’il faut construire un rapport de force par rapport à celui­-ci également.

    Refus de la récupération bureaucratique et politicienne

    Nous nous opposons aux velléités de récupérations par les bureaucraties (minorités dirigeantes d’organisations syndicales), et par les politiciens. Cela signifie défendre l’idée que la lutte ne voit pas son débouché dans les élections, mais dans ses succès propres, sur son propre terrain. Cela signifie refuser que la lutte soit le terrain de construction de carrières politiques, d’ambitions électorales.

    Rupturisme

    Nous défendons dans les luttes les revendications de rupture, c’est à dire celles qui mettent intrinsèquement en cause les systèmes de domination. Celles qui construisent les possibilités d’une remise en cause globale des systèmes de domination. Les revendications de rupture sont pour nous un moyen de dépasser l’opposition entre revendications immédiates et revendications révolutionnaires, conçues comme antagonistes, en développant des dynamiques qui relient ces deux revendications, l’une renforçant l’autre plutôt que l’affaiblissant.

    Par exemple, la lutte concernant le logement oppose la possibilité pour toutes et tous de bénéficier d’un toit et le système capitaliste de propriété privée. Non seulement les gains de cette lutte permettent d’améliorer nos conditions de vie, mais ils permettent également d’attaquer les fondements idéologiques de la société capitaliste.

    Éthique

    La construction des luttes passe pour nous par le respect des autres personnes en lutte, ce qui signifie le refus du sectarisme (ce qui n’empêche pas la critique ferme et déterminée), des injures et de l’usage de la violence pour régler les conflits politiques internes aux mouvements de lutte émancipateurs.

    Coordination des Groupes Anarchistes,

    Motion adoptée lors du 4e Congrès, les 3, 4 et 5 avril 2010

  • Quelle est notre position sur les syndicats ?

    Quelle est notre position sur les syndicats ?

    08 Déc 2017

    Dans une entreprise, quand les travailleuses et travailleurs s’organisent collectivement pour se défendre et agir, ils et elles sont plus fort-e-s face aux patrons que lorsqu’ils et elles sont isolé-e-s, individuellement. La force collective est supérieure à l’addition de toutes les forces individuelles, parce qu’elle rend possible une action concertée.

    L’organisation syndicale est la forme la plus courante d’organisation collective qu’adoptent les travailleuses et les travailleurs lorsqu’ils et elles souhaitent rompre leur isolement et constituer une force collective face au patronat. C’est en tout cas le type d’organisation collective vers lequel la plupart d’entre eux et elles se tournent lorsqu’ils et elles souhaitent résister au patronat, même s’ils et elles se tournent parfois vers d’autres formes de regroupement collectif, la plupart du temps exclusivement en période de « pics » des mouvements sociaux. Ces autres formes complètent ou suppléent aux éventuelles défaillances des organisations ou sections syndicales en termes de combativité ou de fonctionnement démocratique.

    La hiérarchie syndicale contre la force collective syndicale

    Comme dans toute association, cette force collective bénéficie aux individus associés, dans la mesure où elle n’est pas appropriée par une minorité au détriment delà collectivité.

    C’est le cas quand il existe une distinction dirigeant/dirigé-e-s, représentant/représenté-e-s, qui aboutit à ce que les dirigeant-e-s utilisent la force collective de l’organisation comme faire-valoir de leurs intérêts, ou à des fins toutes autres (politiciennes, bureaucratiques) que celles qui ont au départ motivé le regroupement des individus qui composent l’organisation (dans le cas des syndicats, se défendre face aux patrons…).

    À partir de ce constat, nous constatons que la section syndicale, les syndicats, amènent une force collective aux travailleuses et aux travailleurs. Ils/elles font exister de manière ouverte un contre discours face à la rhétorique patronale. Cela dans la mesure où la structure syndicale n’est pas complètement intégrée par la cogestion (en fonction du degré d’influence des idéologies capitalistes et étatiques dans le syndicat). La section syndicale reste le plus souvent le premier outil organisationnel de résistance collective des travailleuses et travailleurs sur leur lieu de travail. C’est vers elle que se tournent la majorité des travailleuses et des travailleurs combattifs/ves. On peut ainsi observer que les luttes collectives sont très rares dans les déserts syndicaux, et ce constat, malgré toutes les insuffisances des organisations syndicales actuelles, contredit le discours antisyndicaliste qui jette le bébé syndical avec l’eau du bain bureaucratique.

    Mais nous constatons également que la hiérarchie syndicale approprie une partie de cette force collective issue de l’action syndicale (fondée sur le rapport de force, sur l’action directe des travailleurs et travailleuses et des bureaucratisations de ces organisations), qui, plutôt que de bénéficier aux travailleuses et travailleurs organisé-e-s syndicalement, bénéficie à une minorité (permanents syndicaux, dirigeants syndicaux, militant-e-s politiques instrumentalisant les syndicats comme marche pieds pour leurs appétits de pouvoir).

    Dans les organisations où la hiérarchie/bureaucratie syndicale n’existe pas de manière formelle, elle peut se développer de manière informelle en s’appuyant sur des logiques affinitaires, sur la pratique de coups de force ou sur la tendance à la délégation, l’absence de contrôle effectif des mandats, la prise de décision hors cadres collectifs et hors mandats, la politique du fait accompli au mépris de la démocratie syndicale, l’utilisation des moyens collectifs de l’organisation à des fins personnelles.

    La hiérarchie/bureaucratie syndicale a besoin de nous, nous n’avons pas besoin d’elle

    Ce que nous constatons cependant, c’est que dans la plupart des cas, ce n’est pas l’ensemble de la force collective qui est appropriée par cette minorité dirigeante, mais seulement une partie.

    Pourquoi ? Parce que réside ici une contradiction d’intérêts : pour pouvoir bénéficier de la force collective du syndicat, les bureaucrates et dirigeants syndicaux doivent s’appuyer sur la force collective syndicale, c’est à dire qu’ils et elles ont besoin que les travailleuses et travailleurs s’organisent syndicalement pour assurer leur position. L’inverse n’est pas vrai (les travailleuses et travailleurs syndiqué-e-s n’ont pas besoin de dirigeants pour faire vivre l’action collective syndicale ou le syndicat).

    Or si les bureaucrates et dirigeants syndicaux absorbent toute la force collective à leur bénéfice, le syndicat ne présente plus aucun intérêt aux travailleurs et aux travailleuses syndiqué-e-s, et, dès lors, cela se traduit par une dé-syndicalisation, et donc cela remet en cause la position de la bureaucratie intermédiaire.

    La double nature des organisations syndicales actuelles : outils de lutte, instrumentalisés comme faire valoir d’intérêts bureaucratiques et/ou politiciens

    Cette contradiction matérielle est à la source de la double nature de la plupart des organisations syndicales actuelles et peut apparaître et se développer au sein de celles se revendiquant alternatives et révolutionnaires. Si elles ne remplissaient pas au minimum cette fonction, elles auraient depuis longtemps disparu, puisqu’à mesure que s’affaiblit la force syndicale, il devient de plus en plus difficile pour les travailleuses et travailleurs de s’organiser syndicalement sans être soumis-es à la répression patronale.

    Or c’est vers les organisations syndicales que se tournent toujours la plupart des travailleuses et travailleurs qui souhaitent lutter collectivement dans l’entreprise, face au patronat, aux petits chefs, etc., parce qu’ils et elles reconnaissent en elles un outil collectif, ajoutant à leur action individuelle la force collective.

    A partir de ce constat, il nous semble important de défendre l’organisation syndicale comme outil de lutte, ce qui ne revient ni à défendre les bureaucraties syndicales existantes, ni à considérer satisfaisante la situation des syndicats aujourd’hui. Cela ne veut pas dire que nous considérons la forme d’organisation syndicale comme la seule possible dans la lutte des classes, mais que nous y reconnaissons l’un des outils dans l’affrontement de classe qui permet aux travailleuses et aux travailleurs de rompre l’isolement, de démarrer et d’enclencher des luttes.

    Syndicalisme d’accompagnement et syndicalisme de lutte

    Le mouvement syndical est marqué par des orientations et des stratégies contradictoires, qui peuvent coexister au sein d’une même organisation syndicale : syndicalisme de lutte, intégrant la construction d’un rapport de force comme base de l’action syndicale, d’une part, et syndicalisme d’accompagnement, basé essentiellement sur la défense individuelle ou la politique du « donnant donnant » en matière collective, ce qui revient à entériner systématiquement le recul social puisqu’une telle approche considère l’exploitation capitaliste comme un horizon indépassable.

    Ces orientations ne sont pas uniquement le fait de l’action de bureaucraties mais correspondent à des choix idéologiques « conscients » de la part d’une partie des salarié-e-s, sous l’effet du matraquage de l’idéologie dominante. Le poids relatif de ces 2orientations dans une organisation syndicale, ou plus largement chez les travailleuses et les travailleurs détermine également en partie les possibilités d’émergence de luttes sociales, et la mesure dans laquelle le syndicat conserve son caractère d’outil collectif de lutte.

    Dans ce débat, nous défendons bien évidemment une conception de l’action syndicale fondée sur le rapport de force, sur l’action directe des travailleuses et des travailleurs, sur le plan théorique. Ce qui impose d’approcher de manière pratique la question de la construction d’un rapport de force collectif, réel, car nous constatons également que parfois le discours est en décalage avec la pratique. Le radicalisme verbal peut en effet s’associer à une pratique syndicale qui dans les faits revient à accompagner le recul social (faute de construction d’un rapport de force réel sur le terrain de l’entreprise), dans une logique du « tout ou rien » qui revient à organiser l’impuissance en matière d’action collective.

    L’instrumentalisation politicienne et bureaucratique, à la source de la division syndicale

    C’est l’instrumentalisation politicienne qui historiquement a été à la source de la division syndicale. Au cœur de l’ensemble des scissions syndicales se retrouve soit des enjeux démocratiques soit des enjeux politiciens (volonté d’une fraction politicienne d’instrumentaliser le syndicat comme marche pied pour la prise de pouvoir) :

    Les fractions politiciennes (réformistes, staliniennes, trotskystes…), parce qu’elles s’assoient sur la démocratie syndicale pour asseoir leur politique de parti ou leur subordination du syndicat au politique,

    Les fractions bureaucratiques, parce qu’elles s’assoient sur la démocratie syndicale pour défendre les intérêts d’un groupe d’individus qui voient dans le syndicat un outil de promotion sociale.

    Dans un contexte de morcellement du mouvement syndical, on peut néanmoins constater que selon les entreprises et les secteurs, les travailleuses et travailleurs combattifs/tives font des choix différents d’affiliation syndicale, selon la combativité de la section syndicale et du degré de démocratie syndicale en son sein.

    Pour nous, il n’y a donc pas de raison de privilégier telle ou telle confédération syndicale en matière d’adhésion, dans l’absolu, l’adhésion à telle ou telle organisation syndicale étant dépendante du contexte de l’entreprise, l’objectif étant avant tout celui du développement de la résistance et la lutte face aux patrons. Dans telle entreprise, l’adhésion a telle organisation syndicale sera logique puisque la section d’entreprise est combative et démocratique, alors que dans telle autre entreprise la section syndicale qui remplit ces critères sera affiliée à une autre Organisation syndicale (OS). Dans une entreprise où il n’existe pas d’OS, le choix se posera entre une affiliation directe à une confédération plus proche de l’orientation syndicaliste libertaire au niveau confédéral ou fédéral, et l’affiliation à la structure qui rassemblerait le plus de collègues face au patron.

    Il ne saurait y avoir de consigne d’adhésion à telle ou telle organisation syndicale, qui relèverait d’une politique décontextualisée, déconnectée du réel et de l’enjeu principal, qui est celui du développement du rapport de force dans l’entreprise, face au patron, sans laquelle toute perspective de lutte, qu’elle soit considérée à l’échelle locale ou à l’échelle interprofessionnelle, resterait incantatoire. En ce sens, les militant-e-s de la CGA qui s’impliquent syndicalement dans l’entreprise sont confronté-e-s aux mêmes choix que leurs collègues, et se déterminent individuellement quant à leur adhésion à telle ou telle organisation syndicale, en fonction des réalités locales.

    Ce qui nous relie par contre au delà des choix en matière d’appartenance syndicale, c’est une éthique commune en matière de syndicalisme, et une conception commune de l’action syndicale. En effet, nous défendons l’outil syndical dans l’entreprise comme outil de lutte, mais nous refusons que cet outil soit instrumentalisé par une hiérarchie ou une bureaucratie syndicale ou politicienne, et nous combattons contre cette instrumentalisation, au côté de nos collègues syndiqué-e-s.

    Comment lutter contre la bureaucratie/hiérarchie syndicale, et s’assurer que la force collective syndicale bénéficie aux travailleuses et travailleurs ?

    L’adhésion à tel ou tel syndicat est donc une question de contexte, dans une période marquée par la division syndicale. Mais quelles que soient les organisations syndicales, l’enjeu pour les syndiqué-e-s revient à ce que le syndicat soit un catalyseur du rapport de force au bénéfice collectif des syndiqué-e-s, et plus largement des travailleuses et des travailleurs.

    En ce sens nous nous opposons à la logique de fraction, qui consisterait, pour une organisation politique, fût-elle « anarchiste » ou « libertaire », à se fixer pour objectif l’accaparement des « responsabilités syndicales » afin de faire du syndicat l’instrument de l’organisation politique.

    Au contraire, c’est en contribuant au développement d’une culture de démocratie syndicale à la base, une culture fondée sur une approche interprofessionnelle, avançant la nécessité de prise de décisions collectives, de mandatement, de rotation, de contrôle et de révocabilité des mandats, que nous pensons possible, quelle que soit l’organisation syndicale dans laquelle nous sommes présent-e-s, de combattre les logiques bureaucratiques.

    Quelles perspectives/alternatives ?

    Il est ainsi possible pour nous d’esquisser les éléments d’une éthique syndicale libertaire, qui, quelle que soit l’organisation syndicale à laquelle nous appartenons, permet de faire face aux tendances bureaucratiques.

    Il appartient d’abord aux militant-e-s libertaires de défendre, dans les organisations syndicales, avec les autres syndiqué-e-s, la démocratie et le fédéralisme syndical.

    Pour cela, il faut défendre la décision collective, le contrôle et la révocabilité des mandats. S’opposer ainsi aux pratiques de cooptation bureaucratiques, à l’instauration ou au maintien d’une hiérarchie syndicale.

    Il appartient ensuite aux militant-e-s libertaires de développer les liens interprofessionnels, ce qui signifie combattre l’esprit de boutique syndical, pour mettre en avant la nécessité de l’unité d’action, sur une base de lutte, entre syndiqué-e-s et sections syndicales de base.

    Il s’agit également de lutter contre les tentatives d’instrumentalisation de l’outil syndical à des fins politiciennes et électoralistes. C’est à dire de refuser les discours et pratiques prétendant délimiter le champ d’action du syndicalisme au nom d’un partage des tâches entre syndicat et politique, confiant aux politiciens la tâche de relayer les aspirations des salarié-e-s. Cela revient à affirmer que la lutte ne se situe pas sur le terrain de « l’opinion publique », mais dans la rue.

    Il s’agit enfin pour nous de favoriser l’implication des syndiqué-e-s dans la vie syndicale. Cela passe non seulement par la défense d’une politique de formation syndicale active, mais aussi par le refus de la spécialisation de l’activité syndicale. En ce sens, il convient de défendre la limitation des décharges, et, si elles existent, leur fractionnement et leur rotation. En tout état de cause, lorsqu’un syndicaliste passe plus de temps au syndicat qu’au près de ses collègues, il perd le lien avec la réalité du travail. D’une part, celles et ceux-ci ont tendance à lui déléguer l’impulsion de l’action syndicale, mais d’autre part faute de partager les conditions de travail des collègues, il n’est plus à même de saisir les conditions de travail réelles pour développer une action revendicative.

    Il s’agit également pour nous de combattre les illusions par rapport aux bureaucraties. Cela signifie que nous n’avons rien à attendre d’elles et devons créer les conditions pour organiser la lutte par nous même, sans attendre de « directions ».

    Coordination des Groupes Anarchistes,
    Motion adoptée le 24 septembre 2011

  • Quel antifascisme aujourd’hui ?

    Quel antifascisme aujourd’hui ?

    08 Déc 2017

    Le nécessaire bilan de deux décennies « d’antifascisme »

    La lutte contre le fascisme a, jusqu’à son effondrement temporaire, été souvent amalgamée en France avec la lutte contre le Front National et les idées racistes et réactionnaires qu’il véhicule. Or le Front national n’est pas à proprement parler un parti fasciste, même s’il comporte une composante fasciste. C’est un parti d’extrême-droite nationaliste, qui a pendant longtemps fait coexister des tendances idéologiques différentes, depuis les nostalgiques de l’Algérie française, jusqu’aux catholiques intégristes, et pour un certain temps, les nationalistes révolutionnaires. Il a représenté pendant longtemps la face visible la plus nette d’un nationalisme qui irrigue la classe politique en France de la droite à la gauche, voire une partie de l’extrême-gauche. Il a représenté la formulation explicite des conséquences idéologiques de ce nationalisme : un discours raciste et xénophobe, mais aussi sexiste et homophobe. Il correspond au choix de la bourgeoisie française, dans le contexte de crise liée au second choc pétrolier, de promouvoir une grille de lecture raciste et xénophobe pour masquer les antagonistes de classe, et ainsi combattre le développement de luttes populaires. Il a également bénéficié des facilités accordées par la social-démocratie, dans une perspective politicienne, afin de briser sur le plan électoral l’influence de la droite.

    La principale stratégie de riposte antifasciste pendant ces 20 dernières années a été la création de fronts antifascistes spécifiques, larges et unitaires, dont la dominante idéologique a été un discours moral fondé sur les valeurs humanistes dans lesquelles les références de classe et la nature du nationalisme comme outils des classes dominantes ont été diluées, voire complètement masquées.

    Même si les libertaires, ou des groupes d’extrême-gauche, ont tenté de rendre visible cette dimension au sein de ces fronts, ils n’ont pu se faire entendre de manière audible, ce qui a conduit à une prédominance du discours républicain en matière « d’antifascisme ». Cela a souvent amené les libertaires à faire les « petites mains » de fronts antifascistes qui promouvaient une approche «aclassiste» du fascisme.

    «L’antifascisme radical» n’échappe pas à ce constat. Malgré la volonté et les tentatives de relier la lutte contre le fascisme à la lutte contre le capitalisme, la dimension spécifique de ce courant a souvent évolué vers une tendance à réduire la lutte contre le fascisme à la lutte contre les fascistes, à se contenter d’une « riposte » qui plaçait nécessairement la lutte sur le terrain même du fascisme, lui laissant l’initiative politique, voire dans certaines de ses expressions, relevant davantage du folklore plus que de l’action politique. Une chose est sûre, c’est que le développement des idées nationalistes, racistes et xénophobes n’a pas été stoppé, il a même été donné crédit à la rhétorique du fascisme qui a ainsi pu se présenter comme «antisystème», comme «révolutionnaire».

    Un autre aspect de ce bilan est qu’une telle approche focalisée sur une organisation – le FN – est passée à côté de la réalité idéologique du fascisme, à savoir sa stratégie d’implantation «métapolitique», c’est à dire en conquérant une influence idéologique par la culture. Elle a également eu pour effet d’empêcher de saisir les « nouvelles » formes et tendances du fascisme, celles de la réorganisation d’un courant fasciste authentique, alliant racisme, antisémitisme et rhétorique « anticapitaliste », alliant discours social et national, et se développant hors de la sphère classique et identifiée du fascisme français, puisqu’il s’enracine et se développe également au sein des minorités nationales.

    Analyser le fascisme comme tendance, définir le fascisme

    Qu’est-ce que le fascisme, historiquement ? C’est l’alliance entre discours social et national, c’est la formation d’une « droite révolutionnaire » qui remet en cause l’idéologie démocratique bourgeoise, qui se vit comme « révolutionnaire », mais sert les intérêts de la bourgeoisie en brisant les luttes populaires et toute perspective révolutionnaire. C’est aussi un discours voyant la société (amalgamée à une mythique «nation») comme un «organisme» qu’il faut purifier (des «ennemis intérieurs» que sont les minorités nationales et les étrangers, mais aussi les subversifs), diriger et défendre contre elle-même, en la guidant d’une main de fer. C’est un discours idéologique qui se fonde sur une vision raciste ou ethno-différencialiste identitaire (racisme biologique ou culturel) qui divise l’espèce humaine en groupes auxquels il assigne une « race », une identité essentialisée, c’est à dire un ensemble de caractéristiques qui ne dépendent pas de leur construction sociale, mais de ce qu’ils sont, de leur prétendue «nature». C’est enfin un discours assignant ces identités à un territoire, autour d’une mystique de la terre et des morts (cf Maurras, l’un des théoriciens français du fascisme) C’est une idéologie qui oppose le capitalisme industriel, corporatiste, considéré comme «authentique», au capitalisme financier, arbitrairement séparé et amalgamé aux juifs par le discours antisémite, ce qui permet de protéger la classe capitaliste par une stratégie de bouc émissaire.

    Le fascisme et la crise

    Dans une période de crise d’adaptation capitaliste, le fascisme est l’ultime recours du capitalisme et de la bourgeoisie : pour briser toute résistance des classes populaires à ses offensives, mais aussi pour « mettre de l’ordre » en son sein. Tant que son pouvoir n’est pas remis en cause, la bourgeoisie a intérêt à préserver le cadre de la démocratie représentative, car le pouvoir d’influence est la forme de pouvoir la plus efficace et la plus économique. Même pour les très riches, il est aussi certainement plus confortable de vivre dans un cadre de relative liberté d’expression. Mais dès lors que ce pouvoir est fragilisé, la tentation fasciste suscite rapidement l’adhésion de larges secteurs de la bourgeoisie.

    Dans la période actuelle, la crise économique et sociale capitaliste a suscité un certain nombre de résistances populaires qui inquiètent la bourgeoisie. Cependant, elle bénéficie depuis plus de dix ans d’un avantage certain dans la lutte des classes, lié à la désorganisation du mouvement ouvrier à l’échelle internationale, et à l’absence de perspectives révolutionnaires émancipatrices. Dans le même temps, le fatalisme qui en découle conduit une partie des classes populaires à se tourner vers les mouvements populistes d’extrême droite en renforçant d’autant leur influence.

    La situation sur le plan international

    Cette situation est visible clairement sur le plan international. On assiste à un triple mouvement : le renforcement des outils de coercition des états et des régimes autoritaires, qui visent à réprimer les mouvements liés à la révolte des classes populaires contre leurs conditions de vie, le développement de ces mouvements populaires poussés par la nécessité, qui se heurtent aux privilèges de la bourgeoisie et des États en défendant leurs intérêts, enfin le développement de courants idéologiques qui s’inscrivent dans la défense des intérêts de la bourgeoisie confrontée à ces soulèvements et qui se présentent comme «révolutionnaires» et «anticapitalistes».

    Ces tendances correspondent aux différentes formes que prend le fascisme :

    • En Europe, on constate le développement de mouvements nationalistes, et notamment «nationalistes révolutionnaires», qui se traduit à la fois par des violences contre les minorités nationales (arabes, noirs, juifs, Rroms…), et contre les militant-e-s antifascistes et progressistes (agressions de camarades en Russie, en Serbie, etc.) ;
    • Aux États-Unis, on constate le développement de groupes nationalistes et racialistes, depuis les suprémacistes blancs jusqu’aux «minute men» servant d’auxiliaires à la politique de répression de l’immigration américaine. En Amérique du sud, le développement de groupes paramilitaires de type nationaliste et de groupes néo-nazis répond aux mêmes dynamiques ;
    • En Turquie, les groupes fascistes tels que les loups gris mènent une politique de violence et de terreur fasciste contre les minorités nationales kurdes, arméniennes, les minorités religieuses (halevis), et les militant-e-s révolutionnaires ;
    • Dans un certains nombre de pays où la religion musulmane est majoritaire, les groupes qui assument ce type de politique se cachent derrière le masque de la religion : nervis fascistes iraniens se réclamant de l’islam qui répriment et attaquent les militant-e-s ouvriers et féministes iranien-ne-s, fascistes ou réactionnaires religieux tels que les frères musulmans, les salafistes, les militant-e-s du FIS en Algérie, qui servent de supplétifs à la répression anti-ouvrière et antiféministe, ainsi que d’une «fausse opposition» et d’une «fausse alternative» à des pouvoirs nationalistes discrédités, qui mènent eux aussi une répression directe des luttes populaires. Ce type de mouvement existe également dans bon nombre de pays catholiques ou orthodoxes, à travers notamment des mouvements réactionnaires religieux qui assument ce type de politique.

    La situation en France

    La période récente se traduit par une montée en puissance du nationalisme, entretenue notamment par le pouvoir politique, mais aussi les relais médiatiques et idéologiques de la bourgeoisie. Si ce nationalisme irrigue la quasi totalité des courants politiques, depuis la gauche coloniale jusqu’à l’extrême-droite, les courants fascistes sont le fer de lance de sa diffusion en milieu populaire, au moyen d’une rhétorique «sociale» pseudo-anticapitaliste.

    Au sein des catégories de population désignées par l’idéologie nationale comme constituant le «corps national», le fascisme joue un rôle mobilisateur pour les intérêts de la bourgeoisie, en présentant la violence sociale non pour ce qu’elle est, le résultat du capitalisme, mais pour l’effet de l’action «d’ennemis intérieurs» ou «d’ennemis extérieurs». Ces «ennemis intérieurs» et «extérieurs» sont désignés comme étant les membres de minorités nationales, religieuses, sexuelles du pays, ou les étrangers. En contexte de crise, c’est la tendance «socialiste-nationale» qui se développe le plus rapidement, autour notamment d’un antisémitisme virulent (qui se masque derrière un discours prétendument antisioniste) réactivant la figure de bouc émissaire du juif, d’une islamophobie virulente (substituant ou le plus souvent ajoutant à la figure bouc-émissaire du juif celle du musulman), et plus largement d’un racisme «décomplexé».

    Cette tendance «socialiste-nationale» est représentée par plusieurs organisations se réclamant plus ou moins ouvertement du nationalisme révolutionnaire :

    • Égalité et réconciliation et ses alliés (Dieudonné et les relais de l’État d’Iran en France que sont les militants du centre Zahra), qui privilégient un front antisémite visant à mobiliser au côté des nationalistes français une partie des personnes appartenant à la minorité nationale arabe ;
    • Les identitaires qui privilégient un front «antimusulman» qui vise à mobiliser aux côtés des nationalistes révolutionnaires européens les courants racistes qui se cachent derrière une « laïcité » à deux vitesses, et une partie des personnes appartenant à la minorité nationale juive (notamment la frange fasciste du sionisme, comme en témoigne l’organisation d’une manifestation commune identitaires-LDJ devant l’ambassade d’Israël) ;
    • Enfin, s’ajoute à cela la fraction mariniste du FN qui tente de développer un discours «national et social» proche de celui des identitaires, mais qui diffère en privilégiant un cadre nationaliste français au cadre nationaliste européen (suprémaciste blanc) des identitaires.

    Toutes ces tendances tentent de dévier la révolte sociale vers une approche nationaliste, xénophobe et raciste, en se présentant comme «révolutionnaires». Leur radicalité formelle leur permet d’amener aux thèses nationalistes une partie des travailleuses et des travailleurs en révolte contre le système capitaliste, à travers un «anticapitalisme» qui se réduit à la défense du corporatisme contre le «capital financier», de présenter la nation comme un recours contre la «finance internationale», à une critique des valeurs consuméristes, sans contenu de classe, sans lien avec la réalité des luttes populaires. C’est en ce sens que ces courants diffèrent des courants nationalistes de la droite classique : en période de crise ceux-ci apparaissent trop ouvertement comme les représentants de la classe bourgeoise (en témoignent les affaires Bettencourt, etc.), et suscitent donc la méfiance au sein des classes populaires. Alors que la radicalité de postures des nationalistes révolutionnaires et leur conviction d’être «révolutionnaires», leur permettent d’attirer aux thèses nationalistes des individus appartenant aux classes populaires, en mobilisant les valeurs réactionnaires largement présentes dans la société (sexisme, homophobie, chauvinisme…).

    Soral a ainsi d’abord construit son image de « rebelle» sur un discours antiféministe et homophobe, présenté comme un «refus du politiquement correct», puis sur un antisionisme antisémite qui a visé à instrumentaliser la question palestinienne pour re-légitimer l’antisémitisme historique des fascistes français.

    Premièrement, l’outil internet a permis aux sympathisants et aux militants d’extrême-droite de pouvoir s’exprimer et diffuser leurs idées beaucoup plus librement qu’auparavant. En effet, la lutte sur le plan moral de l’extrême-droite a au moins permis de faire en sorte que le racisme n’était pas une opinion comme une autre. De plus, l’outil internet a donné une caisse de résonance importante à des courants au départ confidentiels, qui ont su utiliser les nouvelles technologies (vidéos sur dailymotion, youtube), pour diffuser leur pensée. Ils ont également su utiliser des passerelles, sous la forme de sites internet relayant en lien leur discours ou des personnes cautionnant leur discours au nom d’un «anti-impérialisme» hérité du stalinisme ou du tiers-mondisme, les pseudos laïcs relayant un discours raciste (par exemple l’officine raciste «riposte laïque») derrière une prétendue critique de l’islam.

    Sur internet par exemple, de nombreux sites diffusent l’idée d’un « nouvel ordre mondial » (expression qui provient à l’origine de la droite radicale américaine) dirigé par les « sionistes » et les «illuminatis». Il ne s’agit de rien d’autre que du bon vieux discours national-socialiste et fasciste sur le «complot juif et franc maçon mondial», qui a adopté une nouvelle forme pour contourner le discours antifasciste et la législation de l’État sur le racisme. Cette nouvelle forme du discours sur le «complot judéo-maçonnique» a des succès inattendus, au sens où de telles approches sont reprises par des musiciens de rap, y compris ceux qui affichent des sympathies libertaires, qui en ignorent peut-être l’origine, mais qui les banalisent et contribuent à leur diffusion dans la jeunesse populaire.

    On retrouve ces influences dans les courants fascistes ou nationalistes spécifiques aux minorités nationales : ainsi, les sionistes de tendance fasciste de la Ligue de défense juive reprennent le discours raciste anti-arabe des identitaires ou la théorie du «choc des civilisations» et du danger islamique. A Belleville, des nationalistes chinois ont organisé une manifestation «contre l’insécurité» au cours de laquelle des passants noirs ou arabes ont été pris pour cibles, désignés comme des «voleurs» sur critères racistes, ce qui a provoqué les applaudissements des réseaux identitaires français (par exemple sur le site internet «français de souche»).

    De même, une partie des courants fascistes panarabes et des courants fascistes se réclamant de l’islam politique reprennent la rhétorique antisémite issue du nationalisme français. Ces convergences expliquent le développement de fronts communs entre nationalistes français et nationalistes se revendiquant des minorités nationales, qui peut apparaître surprenante au premier abord, puisque c’est le nationalisme français qui, en excluant juifs et arabes du corps national, a créé de toute pièce les minorités nationales et, dans le même temps, les conditions de l’oppression raciste des individus qui y sont alors assignés par leur origine et/ou leur couleur de peau. Mais cela traduit au contraire la profonde parenté idéologique entre ces différents courants, et le fait qu’ils se nourrissent les uns des autres, au détriment des classes populaires, et particulièrement des individus victimes de l’oppression raciste parce qu’assignés à une «minorité nationale».

    Cela montre qu’il n’existe pas d’alternative au racisme dans le développement d’un nationalisme au sein des minorités nationales, puisque celui-ci reproduit le discours raciste dominant et converge parfois avec le nationalisme dominant. Au contraire, l’alternative se trouve dans le développement d’un antiracisme populaire qui combat toutes les formes de racismes, sur le plan idéologique comme sur le plan pratique. Les différents courants fascistes ont progressé sur le plan organisationnel comme sur le plan de leur influence idéologique et culturelle : ils ont ainsi réussi à imposer leurs «sujets», leurs «approches» dans le débat politique : une approche ethno-différentialiste des questions politiques et économiques au détriment d’une approche de classe, une rhétorique fondée sur la menace « intérieure» ou «extérieure» que représenteraient les minorités nationales ou religieuses, au détriment de l’affirmation de la question sociale, etc.

    L’influence de l’idéologie nationaliste a progressé, et celle de l’idée de la « guerre du tous contre tous » également. Dans le même temps, les discours ouvertement sexistes ou homophobes, qui constituent également une partie du corpus fasciste, ont gagné du terrain. L’influence de l’idéologie fasciste dépasse de loin celle des groupes constitués, mais ceux-ci progressent quantitativement et organisationnellement, notamment dans les campagnes, mais aussi en ouvrant des locaux pignonS sur rue dans plusieurs grandes villes.

    Il est également significatif que des discours reprenant les canons de l’idéologie fasciste ne soient pas considérés comme tels y compris au sein de la gauche et de l’extrême-gauche, voir d’une partie du courant anarchiste. Ce qui explique par exemple la tolérance dont a longtemps bénéficié Dieudonné au sein de l’extrême gauche au nom d’une posture «rebelle», certains groupes le trouvant fréquentable jusqu’à ce que celui-ci invite Faurisson sur scène.

    On peut trouver des éléments d’explication dans la faiblesse de réflexion sur le fascisme de «l’antifascisme des années 90», qui s’est focalisé sur les groupes fascistes plutôt que sur leurs idéologies (quand dans sa version gauchiste ou social démocrate il ne s’est pas contenté d’une dénonciation du FN), qui a négligé la lutte idéologique antifasciste pour se consacrer exclusivement à la nécessaire (mais pas suffisante) lutte contre les groupes fascistes constitués et à l’autodéfense. On peut aussi trouver une explication à cela dans l’amalgame fréquent entre nationalisme, fascisme et racisme. Or si le fascisme se nourrit et fait la promotion du racisme et du nationalisme, il ne s’y résume pas, et réciproquement : on retrouve l’idéologie nationaliste dans une grande partie du spectre politique, comme le discours raciste. La spécificité du fascisme réside dans le développement d’un discours social «antisystème» qui permet, en période de crise, de recruter au sein des milieux populaires des personnes qui auraient pu être attirées par un réel discours révolutionnaire.

    Alternative anarchiste et riposte

    La nécessité d’une contre-offensive idéologique ne fait pas question. Une réponse politique anarchiste est une évidence qui doit privilégier l’autoformation des militant-e-s au sein du Mouvement libertaire et, plus largement au sein du « Mouvement social », sur les formes prises par les discours racistes et fascistes.

    Aussi, faut-il insister sur le fait que le fascisme n’a jamais été éradiqué par le biais des consultations électorales, ces dernières lui ayant même conféré une certaine dose de «légitimité».

    La lutte contre le fascisme constitue un axe important du combat des prolétaires en même temps qu’une absolue nécessité, pour autant l’antifascisme ne doit pas constituer l’unique combat pour la défense des intérêts de classe du prolétariat face à la bourgeoisie.

    Le développement de luttes populaires, qui reste l’unique moyen d’imposer la lutte de classe, la solidarité, le refus de la domination masculine et de l’homophobie dans les débats politiques, doit nous permettre de briser les tentatives d’hégémonie culturelle des nationalistes et des fascistes.

    Il s’agit donc pour nous de combattre le fascisme et la bourgeoisie qui le sous-tend, quel que soit son ancrage : une bourgeoisie qui se pare des vertus démocratiques ou pas, qui se réfère au libéralisme ou à la social-démocratie…

    L’antifascisme, en s’attelant à dénoncer les discours autour des «souverainetés nationales», ne peut se concevoir que par le biais d’une Humanité sans frontières et d’une solidarité internationale sans concession!

    La lutte contre les «souverainetés nationales» ne doit en aucun cas se faire le relais de l’ultra libéralisme économique et/ou idéologie, lequel ne se préoccupe que de la satisfaction de ses propres intérêts, intérêts opposés à ceux de la grande majorité des individus…

    Nous devons développer un antifascisme qui puisse faire tomber les barrières humaines tout en contrecarrant les plans économiques globaux du capitalisme à l’échelon national et/ou à l’échelon mondial.

    Combattre le fascisme et l’extrémisme nécessite alors de le faire :

    • au plan idéologique ;
    • au plan social ;
    • et quand cela est inévitable (voire souhaitable), au quotidien, dans les quartiers, les usines etc.

    Sur le plan idéologique, l’organisation anarchiste qui préconise des valeurs d’entraide, de solidarité, d’égalité, d’autonomie individuelle et collective est armée pour regrouper les individus et les structures qui ne fondent pas leur horizon de société autour de la défense des hiérarchies, de la lutte pour le Pouvoir, de la force brute et de la croyance en des êtres supérieurs qui seraient appelés à diriger les masses.

    L’anarchisme peut offrir les références et les outils nécessaires à la constitution d’un «regroupement antifasciste» autour des valeurs égalitaires et libertaires qui sont les siennes.

    Si les anarchistes ne sont pas les seuls susceptibles de regrouper individus et groupes afin de lutter efficacement contre le fascisme, elles et ils garantiront à ce regroupement et la lutte qu’il sous-tend son entière autonomie. Il ne s’agira à aucun moment d’en prendre le contrôle. A contrario, au travers de cette lutte, ils œuvreront pour bâtir, toutes et tous ensemble, une société débarrassée du fascisme et de ses fondements : le capitalisme, le libéralisme et l’étatisme.

    Au plan des agencements sociétaires, l’égalité économique et sociale pour laquelle milite l’organisation anarchiste se traduit par la mise en œuvre de l’autogestion généralisée. La participation des individus et des collectifs en tant qu’acteurs et non plus simples spectateurs supposent :

    • une conscience aiguë des problèmes qui traversent la société ;
    • une responsabilisation face à ces problèmes ;
    • le rejet de toutes les idéologies qui aspirent à diriger les individus et à décider en leur nom, le fascisme étant de ce point de vue exemplaire au travers de ses pratiques autoritaires…

    Concernant la lutte contre l’idéologie fasciste et sa traduction en actes, il ne peut être question pour l’organisation anarchiste d’être désignée comme l’avant-garde d’une armée antifasciste prête à faire le coup de poing avec la vermine extrémiste.

    Ainsi, en vue du développement d’une autodéfense antifasciste, nous devons éviter le piège d’un tête à tête anarchistes contre fascistes, qui placerait l’État, et les courants politiques institutionnels dans le rôle d’arbitres, usant tour à tour de la répression pour les uns et pour les autres, ce qui n’empêche pas l’État par ailleurs de soutenir ponctuellement les fascistes (en leur garantissant l’immunité ou en les protégeant).

    Les méthodes employées pour barrer la route aux fascistes doivent rencontrer l’assentiment de tous les individus et collectifs épris de justice sociale et de liberté. Il ne pourra être question de s’abriter derrière les Institutions – Justice, Police, décideurs et élus – pour éradiquer les idéologies rétrogrades.

    L’autodéfense antifasciste que nous préconisons relève d’une culture d’autodéfense à développer dans les quartiers, sur les lieux de travail, les associations, les syndicats. Elle ne pourra se résumer à la seule dimension physique, dimension nécessaire et inévitable à certains moments, mais cette autodéfense devra faire sens et s’employer à aborder dans le champ idéologique la critique et la dénonciation des offensives fascistes masquées derrière des «passerelles».

    Pour l’essentiel, le message que nous tenons à faire passer est celui-ci :

    Nous devons tout mettre en œuvre pour barrer la route à la vermine fasciste et à toutes les dérives autoritaires.

    Pour cela, nous devons nous mobiliser, le plus largement possible, afin de créer les conditions favorables à l’éradication des idées et des actes fascistes et à leur installation au sein de nos sociétés.

    La lutte sociale nous fournit le terrain privilégié du nécessaire affrontement aux «fascismes», dès lors que s’engagent en même temps, le combat contre la barbarie capitaliste, l’autorité étatique et la lutte pour l’émancipation des individu-e-s.

     

    Coordination des Groupes Anarchistes,
    Motion adoptée en Novembre 2012

  • La lutte antipatriarcale

    La lutte antipatriarcale

    08 Déc 2017

    La CGA parce qu’elle entend lutter contre toutes les dominations se définit aussi contre le système de domination masculine et dans la lutte anti­-patriarcale.

    La construction genrée de la société

    Le genre est, pour nous, une construction sociale hiérarchique, qui repose sur un partage construit sur le postulat de deux sexes biologiques strictement différenciés. Cette construction binaire est présentée comme naturelle (ce qui la protège des contestations et remises en cause). Le rejet de l’hermaphrodisme, à travers une intervention chirurgicale imposée à la naissance pour définir un sexe, témoigne de la prégnance de cette idéologie. Cette supposée binarité biologique fonctionne comme marqueur de la domination. C’est la hiérarchie, autrement dit les rapports de pouvoir, qui induit la division sexuée de la société, et non l’inverse. Les catégories « masculin/féminin » et « hommes/femmes » n’existent donc qu’en fonction l’une de l’autre et dans le cadre de la domination de genre. Ce qui est désigné comme féminin ou masculin est socialement construit par des techniques de dressage perpétuées par l’éducation (de la famille, de l’école, l’industrie du jouet…), les médias, un certain discours scientifique, les institutions et les religions.

    Cette séparation est maintenue, avec la participation plus ou moins consciente et volontaire de tous et toutes, par des rappels à l’ordre permanents qui renforcent ce système inégalitaire.

    Il n’y a pas plus d’essence ni de spécificité féminine naturelle ou biologique qu’il n’y en a de masculine. Les femmes ne sont pas du côté de la douceur sous prétexte d’une potentielle maternité et les hommes du côté de la violence sous prétexte d’un taux particulier de testostérone.

    L’oppression des femmes n’est pas due à la dévalorisation de leurs « aptitudes naturelles ». En revendiquant l’existence d’une identité féminine et sa revalorisation, les théories différentialistes tendent à naturaliser les différences entre hommes et femmes. Les rôles attribués aux femmes et aux hommes n’ont rien de «naturels»: ils ne découlent pas de leurs différences morphologiques, mais sont le fruit d’une construction sociale qui n’est pas neutre dans l’organisation globale et inégalitaire de la société. Nous nous opposons donc à toute vision essentialiste des sexes.

    Un système social organisé : la domination masculine ou patriarcat

    Le système de genre véhicule la norme hétérosexuelle, l’impose et dénigre les autres sexualités. Cette idéologie induit notamment l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie. L’instauration de la norme hétérosexuelle comme norme dominante entraîne l’oppression des personnes refusant cette norme ou n’y correspondant pas et cloisonne nos désirs à tou­·te·­s.

    Malgré des avancées, ce système perpétue l’oppression des femmes notamment à travers :

    • le travail domestique gratuit et l’éducation des enfants, comprenant la prise en charge affective des personnes ;
    • l’appropriation des corps des femmes aux fins de la reproduction ou non, notamment par des politiques visant à ériger la famille comme modèle unique et indépassable et les entraves au droit de disposer librement de son corps ;
    • le continuum des violences exercées contre les femmes, différentes dans leur degré mais non dans leur nature, allant de la prostitution aux violences physiques et psychologiques, en passant par les publicités sexistes et la réquisition de l’espace public au profit des hommes notamment la nuit ;
    • la monopolisation masculine des armes, des outils, des compétences, de l’espace et de la parole ;
    • le travail, à travers les différences de salaires, une précarité accrue, des temps partiels imposés pour allier travail et tâches domestiques gratuites, et un taux de chômage plus élevé ;
    • l’éducation différenciée selon les destinataires : « garçon» ou « fille ». Le contenu est différent et le formatage commence la plupart du temps dès la conception.

    Le patriarcat positionne les hommes comme dominants dans l’ensemble des sphères de la vie. Les hommes jouissent de cette domination en profitant des privilèges liés à leur place dans ce système, et la très grande majorité participe à son maintien par des comportements d’oppression à des degrés divers. En revanche, ce système malmène les hommes qui refusent de se comporter dans la «normalité sociétaire».

    La lutte contre le système de domination masculine en interne de la CGA

    On ne naît pas anarchiste et on ne le devient pas en considérant uniquement que le capitalisme et le système de domination masculine sont des « ennemis» à abattre. Être anarchiste est un combat quotidien qui ne s’arrête pas au moment où l’on a identifié les rapports de dominations. C’est la même chose dans la lutte contre le patriarcat et la déconstruction du genre: personne n’est à l’abri des rapports de pouvoirs, de l’éducation qu’il/elle a reçue, et chacun-­e a donc un travail permanent à mener sur lui/elle-­même pour changer les rapports de dominations. Il est aussi difficile pour une femme que pour un homme (bien qu’elle n’ait pas les mêmes privilèges) de se débarrasser des réflexes genrés que l’on a construits pour elles/lui.

    Nous considérons que « le privé est politique ». La sphère privée et la sphère politique ne peuvent pas être abordées de manière différenciée quand les agissements et les comportements repérés dans le privé sont antinomiques avec les engagements politiques qui sont ceux des anarchistes/libertaires. L’engagement politique ne s’arrête pas à la porte de la maison ou de la chambre à coucher. C’est à chacun­e d’y chercher la cohérence avec son analyse politique.

    L’organisation collective et la discussion permettent à tou­te­s d’acquérir des outils d’analyse pour penser les rapports de domination des hommes sur les femmes, et d’éviter de reproduire les logiques qui la perpétuent, de la violence domestique à l’occupation de l’espace public. Une réflexion collective sur la norme hétérosexuelle permet aussi de se poser individuellement la question de l’influence du genre sur ses propres pratiques de vie.

    Nous intégrons cette réflexion à nos pratiques collectives. L’analyse politique de la place des femmes au sein de l’organisation, de la parole dont elles peuvent se saisir et de leur nombre permet de remettre en question nos pratiques afin de ne pas reconduire des logiques de domination plus ou moins violentes, de l’invisibilisation à l’intimidation. L’abandon d’un vocabulaire et d’une vision viriliste de la lutte sociale fait aussi partie de notre travail. Aussi, la CGA s’engage dans un travail de déconstruction au niveau collectif qui vise également à alimenter la réflexion et un positionnement individuels dans ce système de domination.

    Nous nous engageons collectivement à :

    • Mener une réflexion permanente et autonome au sein des groupes sur le système de domination masculine, la norme hétérosexuelle et l’anarcha-féminisme ;
    • Déconstruire le genre au niveau collectif pour également alimenter la réflexion et un positionnement individuel dans ce système de domination ;
    • Être vigilant­e­s à ne pas décharger ce travail sur des volontaires, finissant par créer des spécialistes et un décalage dangereux entre militant­e-­s du groupe. Cette spécialisation entraînera de plus la non-­possibilité pour les militant­e­s concerné­e­s de s’impliquer dans d’autres luttes ;
    • Intégrer une grille de lecture féministe par une approche de genre à tous les thèmes abordés par la CGA, dans la mesure où ils ont tous un lien avec le patriarcat (élections, sans papiers, antifascisme, précarité, société de consommation, prostitution, monde du travail, syndicalisme, militantisme, éducation, école, guerre, laïcité, religion, famille, médias…) ;
    • Travailler à l’abandon d’un vocabulaire et d’une vision viriliste de la lutte sociale.

    La pertinence de la lutte féministe dans nos idées et nos combats anarchistes

    Le système patriarcal en établissant les catégories hommes­/femmes, les a associées à des lieux, fonctions et moments non-­mixtes imposés. Les luttes contre le patriarcat ont pris et prennent toujours la forme d’un mouvement autonome des femmes, dans lequel la non­-mixité choisie peut être un outil de lutte comme dans toute lutte d’émancipation.

    L’égalité à laquelle nous aspirons concerne tou­te­s les individu­e­s et n’est donc pas envisageable sans égalité réelle et effective entre femmes et hommes au delà des divisions et des différences de genre qui nous sont imposées. Idem pour notre aspiration à la liberté, laquelle est entravée par des rapports de domination et de soumission à abolir.

    Cette égalité effective entre hommes et femmes ne peut s’envisager comme un exercice de rattrapage du pouvoir qu’ont les hommes ou d’un quelconque partage du pouvoir entre hommes et femmes, ni d’une manière de définir des critères de parité dans l’exercice du pouvoir. Il s’agit bien de viser la destruction de tout pouvoir et donc du pouvoir masculin au profit de rapports sociaux égalitaires. La seule destruction du capitalisme n’y suffira pas.

    Le capitalisme et le patriarcat sont deux systèmes de domination « qui se nourrissent l’un l’autre » et qu’il convient d’abolir. Nous ne donnons pas la priorité à un domaine de lutte plutôt qu’un autre et préférons nous battre sur tous les fronts. La lutte contre le système de domination masculine a ainsi toute sa place dans nos activités, ni plus ni moins que notre implication dans les mouvements sociaux, le syndicalisme l’antifascisme, l’antimilitarisme, l’anti-électoralisme, la lutte contre les religions…

    La CGA parce qu’elle est anarchiste et lutte contre tout système de domination se reconnaît dans la lutte anarcha-­féministe. Elle s’inscrit dans les luttes féministes et les soutient. Pour ces luttes comme pour les autres, la CGA estime que les moyens ne doivent pas être en contradiction avec les finalités. Par exemple, la CGA ne se reconnaît pas dans la lutte pour la parité hommes-femmes dans les institutions quelles qu’elles soient.

    La lutte contre le patriarcat de la CGA dans ses relations externes, c’est :

    Proposer une alternative dans le mouvement féministe en introduisant nos référents antiétatiques, anticapitalistes, antiracistes et anti­patriarcaux.

    Prendre en considération notre investissement dans les structures féministes extérieures aux groupes comme dans d’autres structures du mouvement social.

    Faire prendre en compte dans les mouvements sociaux la question du genre et la nécessité de lutte contre la domination masculine.

    La CGA revendique :

    • L’abolition du système de genre : le sexe biologique ne détermine pas la place des individu-e-s et les catégories hommes – femmes cessent d’être la norme de référence pour l’organisation de la société.
    • La liberté du désir et de la sexualité.
    • La maîtrise de nos corps et le respect de nos choix de vie.

    Pour cela, la CGA soutient et s’inscrit dans les luttes féministes :

    • Suppression des politiques natalistes ;
    • Lutte contre les violences faites aux femmes, dans la sphère publique ou/et privée ;
    • Lutte contre les publicités sexistes ;
    • Lutte contre les inégalités salariales genrées ;
    • Lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, biphobie et la transphobie ;
    • Accès à une éducation sexuelle non basée sur la norme hétérosexuelle ;
    • Accès à une éducation non sexiste ;
    • Accès à la contraception masculine et féminine et à l’avortement libres et gratuits ;
    • Respect de nos choix de vie.

    Coordination des Groupes Anarchistes,
    Motion adoptée le 11 novembre 2011

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