En 2002, Philippe de Jonckheere crée desordre.net. Exploration d’une œuvre labyrinthique.
Par Ninon Fraigneau
Partir à la découverte du site desordre.net, c’est tomber sur une myriade d’images empilées les unes sur les autres, cliquer sur une image au hasard, puis sur une autre, et une autre… Un texte racontant une rupture, le son strident d’une harpe, des mûres sur la photo d’un homme… Très rapidement, on se plaît à naviguer à l’aveugle, à parcourir tous ces chemins dont on ignorent où ils nous mèneront. Mènent-t-ils d’ailleurs quelque part ? On a l’impression d’avancer dans un flux de pensées.



Une réalisation rendue possible par le Web
Ce site a été créé en 2002 par Philippe De Jonkheere, auteur, plasticien, photographe et vidéaste, qui voulait faire découvrir son travail sous une forme de navigation nouvelle. « Philippe De Jonckheere m’a confié le soin de réaliser un mode de déplacement hasardeux qui interdirait au promeneur de faire deux fois de suite la même visite du Désordre » explique l’auteur de bande dessinée et plasticien L.L. de Mars, dans l’article de blog Philippe De Jonckheere & Le Désordre au Terrier. Le site se compose d’un agencement d’hypertextes de fictions, de fragments autobiographiques, de photographies, d’essais ainsi que de certains jeux.
L’originalité de cette oeuvre réside dans sa tentative d’épuisement des usages possibles du Web. La lecture du site n’est pas prédéfinie. Chaque utilisateur empruntera un parcours qui lui est propre. On ne sait pas ou est le commencement, il n y a pas de fin. En effet, l’oeuvre est en mouvement permanent : jours après jours, l’auteur peut y faire des ajouts. Ces éléments, liés à la multiplicité des liens disponibles, empêchent le lecteur d’avoir une vision d’ensemble.
En quête de sens
Dans ce flou ambiant, les notes de l’auteur qui parsèment le site permettent d’éclaircir ses intentions. Lorsque j’ai joué pour la première fois au memory, j’étais confuse, je me demandais pourquoi des paires si différentes les unes des autres étaient regroupées dans un même jeu : Tintin, la couleur grise, Nicolas Sarkozy, une photo pornographique… Dans « Pour s’y retrouver malgré tout » (difficilement retrouvable…), Philippe de Jonckheere explique qu’il a voulu créer 50 memory très complexes (l’un d’eux portait, par exemple, sur différentes typographies de la lettre E), ainsi qu’un 51e memory composé d’une paire de chacun des précédents mémory. En y jouant, il s’est rendu compte que ce qu’il avait réalisé là était « une manière d’autoportrait à la fois involontaire et très fidèle. » Ces informations ont influencé ma vision lors de ma seconde partie du 51e memory. En ce qui concerne la cohérence thématique à l’ensemble des oeuvres, elle peut s’expliquer, selon l’article « Désordre » de Simon Brusseau, par » la filiation que Philippe de Jonckheere établit avec l’oeuvre de Georges Perec. » L’auteur met en parallèle « la description exhaustive typique à Perec » avec « le foisonnement constant du Désordre« . Il ajoute aussi que le projet photographique Le Quotidien rappelle les descriptions de Perec.



Le plaisir de la déambulation, dans laquelle on peut trouver par hasard des échos à sa propre vie, fait tout l’intérêt de Désordre. Philippe de Jonckheere : « Nos existences sont des labyrinthes dont certains méandres sont communs à d’autres dédales empruntés par d’autres. Ces réseaux sont amenés à s’intercroiser à l’envi, pourvu qu’on ait l’intelligence de s’y perdre. »
Pour en savoir plus :
–https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/pas-la-peine-de-crier/un-net-desordre-7353819
-https://projethandling.be/realisations/desordre-net-lunivers-numerique-de-philippe-de-jonckheere/


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