Par Salomé RAUCOULE
Avec le développement de l’Intelligence Artificielle, plusieurs domaines créatifs sont affectés, que ce soit l’écriture de scénarios, de romans ou encore de morceaux. L’écriture musicale est de plus en plus touchée par une certaine automatisation et cela soulève des questionnements pratiques et éthiques.
Photo d’un robot jouant du violoncelle issue du site de Futura.
En 2019, le monde musical a été chamboulé par l’apparition d’une fin à la symphonie inachevée de Schubert. Comme son nom l’indique, la Symphonie n°8 n’avait pas de fin et, Schubert étant mort en 1828, la symphonie était condamnée à rester en suspens. Pourtant, l’entreprise Huawei a fini le travail de Schubert 191 ans plus tard pour montrer ses compétences en matière d’Intelligence Artificielle (IA).
Musique : sensible ou mathématique ?
Dans l’imaginaire commun, musique rime avec sensible, et sensible avec les sens et les sentiments. Il semble donc invraisemblable qu’une œuvre musicale soit produite par une IA. La musique serait-elle devenue une suite binaire de 0 et de 1 ? De nombreux penseurs ont théorisé la musique comme une science mathématique et, il n’ont pas totalement tort ! La musique est un art millimétré et ordonné par des règles de mesure, de tempo, ainsi que des gammes, des clés, des dièses et des bémols qui déterminent le morceau. Selon Leibniz, “La musique est une pratique cachée de l’arithmétique”. Le do suivi d’un ré puis d’un mi donne une suite continue de trois notes sans que le compositeur ne pense jamais à une formule mathématique d’addition.

« Do, ré, mi, fa, sol, la, si » sont les sept notes qui composent toutes les musiques que nous connaissons. Image issue du site de l’université de Sherbrooke.
L’IA, bien qu’elle semble être un outil pratique de composition, ne s’accorde pas vraiment avec les mouvements musicaux initiés depuis la deuxième partie du XXe siècle et plus orientés vers une certaine expérimentation à base d’improvisations. Mais, pouvons-nous dire que l’IA improvise ? Des informaticiens comme Louis Bigo expliquent que l’IA créé sur la base de “données existantes” qu’elle recompose pour faire “quelque chose de nouveau”. Autrement dit, sans les compositions humaines qui ont précédé, l’IA serait incapable de proposer des morceaux “originaux”.
Différencier IA et humain
Il est de plus en plus difficile d’identifier des morceaux écrits par l’IA. Et ce, encore plus lorsque la mention d’un usage de l’IA dans l’écriture d’un morceau est omise. Depuis plusieurs mois, la plateforme Spotify est très critiquée pour mettre en avant des morceaux générés par IA sans le mentionner. De nombreux utilisateurs le constatent dans les playlists de recommandations que la plateforme leur propose selon leurs goûts musicaux. Ils disent être fortement déçus et plusieurs d’entre eux vont même jusqu’à résilier leur abonnement.

Image de Breaking Rust issue de Wikipédia.
Selon une étude publiée conjointement par Ipsos et Deezer le 12 novembre 2025, 97% des auditeurs seraient incapables de reconnaître une musique générée par IA. Cela n’est en aucun cas facilité lorsque Spotify met en avant des musiques générées par IA en attribuant des badges de certification à des “artistes” qui sont produits par des IA. C’est le cas de Breaking Rust qui devient célèbre et rejoint le top country aux Etats-Unis. La popularité des morceaux produits par IA s’explique par un mécanisme prédictif de notre cerveau qui aime reconnaître des choses qu’il connaît, que ce soit dans les paroles ou les harmonies.
L’IA remplacera-t-elle l’humain en musique ?
Alors que l’IA semble prête à remplacer le compositeur et à menacer ce secteur de travail, beaucoup d’auditeurs sont encore attachés au côté humain des artistes. L’IA va plus loin que la composition musicale puisqu’elle intervient dans la direction d’orchestres ou dans l’interprétation de morceaux. On fait face à un robot guitariste, un robot chef d’orchestre ou encore un robot violoncelliste. Bien que les instruments à cordes et percussifs puissent être joués par des robots, les instruments à vent eux nécessitent du souffle et des techniques d’articulation qui dépendent de la langue de l’instrumentiste. L’IA semble encore loin de pouvoir remplacer complètement le compositeur et le musicien et s’apparente plus à un outil !
Pour en savoir plus :
Vous pouvez lire l’article de Léa Chapiro pour Les Echos : Musique : le succès d’un mystérieux groupe généré par IA crée la polémique
Vous pouvez regarder la vidéo d’Arte : La musique IA fait-elle vibrer ?


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